Publié le 28 février 2024 à 09:35

Crédit Photo : Le Petit Lillois
Virevoltant depuis le début de la saison, Edon Zhegrova vit une période creuse ces dernières semaines alors qu’il vient d’enchaîner deux mises sur le banc. Il se retrouve ainsi en quête de lumière.
Encore timide lors de ses premiers mois chez les Dogues, Edon Zhegrova (24 ans) attendait patiemment l’entame de la saison 2023-24 pour briller. C’est ainsi qu’il réalisa une première partie d’exercice remarquée, à tel point que son nom retentissait autant chez les observateurs du football français que lorsqu’il fallait mentionner, du côté de ses adversaires, un joueur en particulier au LOSC. Cette évolution soudaine, tant dans les performances que dans le statut, s’explique par une aisance certaine sur le rectangle vert, là où son imprévisibilité et son explosivité semblaient pouvoir menacer la terre entière. Ses statistiques le prouvent (8 buts et 9 passes décisives en 33 matchs TTC), le Kosovar a évolué et cela s’est d’abord traduit dans les paroles de son coach, Paulo Fonseca, pourtant toujours très exigeant avec son protégé et donc prudent lors de ses sorties à son sujet : « L’année dernière, quand je suis arrivé ici, Edon n’était pas un joueur d’équipe et je trouve qu’il a beaucoup changé. C’est un joueur qui est devenu très important offensivement, surtout qu’il a accumulé beaucoup de confiance », confiait le Portugais à l’issue de la réception du Toulouse FC (1-1), rencontre durant laquelle le Dogue avait porté ses coéquipiers sur le plan offensif, le 12 novembre dernier.
Sur le devant de la scène, c’est avec une certaine curiosité que les journalistes l’accueillaient à bras ouvert en conférence de presse à l’entame du mois de décembre. C’était alors à l’aube de la réception du FC Metz que le Kosovar avait marqué les esprits de par sa lucidité lorsqu’il a fallu s’épancher sur sa forme ascendante : « Cette saison, je suis mieux que la saison passée simplement parce que je travaille à tous les entraînements. J’essaye d’être plus décisif pour aider l’équipe. Je connais mes qualités, je vais continuer comme ça, mais je pense que toute l’équipe a bien progressé, et moi aussi. J’essaye de faire de mon mieux à tous les matches. Cette saison, ça marche bien donc autant continuer », faisait-il remarquer à l’époque, mettant en avant ses qualités autant que celles du collectif.
Pour poursuivre en ce sens, même ses propres coéquipiers vantaient ses mérites lorsqu’ils étaient interrogés à son sujet : « Il faut le voir à l’entraînement. Il est incroyable. Ce que vous voyez en match, il le fait à l’entraînement, mais c’est pire encore. Il est vraiment fort. Cette année, il a les statistiques. Je suis content pour lui. Il est un peu foufou dans le vestiaire (rires), mais fait la différence en match. C’est un très bon joueur qui est vraiment très important pour nous. Par contre, il ne faut pas être en un contre un face à lui à l’entraînement ou lors d’un five parce que sinon vous êtes forcé d’aller chez l’ostéopathe, chez le kiné, et ça pendant quinze jours (rires) », lançait Rémy Cabella lors de propos lancés sur Twitch. Cette folie a peut-être bien fini par lui jouer des tours au cœur d’une saison où tout lui réussissait pourtant. La magie s’est-elle estompée ?
« Ce que je souhaite voir, c’est de la continuité. Je veux voir plus, car je sais qu’il peut faire plus »
Tout au long du mois de janvier, le Dogue a poursuivi sa lancée, dissipant ainsi l’incertitude des effets d’une longue trêve sur son état de forme. Il profita de la Coupe de France pour briller, marquant un triplé face au Golden Lion FC (assorti de 2 passes décisives) tout en brillant lors des réceptions du FC Lorient (3-0) et du Clermont Foot 63 (4-0). Une belle manière de débuter le mois de février alors qu’il faisait l’objet de touchantes déclarations réalisées par son compatriote clermontois, Elbasan Rashani : « Je suis fier de lui et tout le Kosovo est fier de lui. Il rend le Kosovo fier, donne des raisons aux Kosovars d’être fiers. Il nous a tués aujourd’hui (dimanche, LOSC 4-0 Clermont), mais je suis vraiment content pour lui », confiait-il il y a près d’un mois au micro de Prime Vidéo. Les deux hommes s’étaient entretenus au coup de sifflet final, attisant la curiosité des journalistes présents autour d’eux.
Pour autant, quelques jours plus tard, à l’aube d’une déroute à Lyon, Paulo Fonseca avait quelque peu modifié son discours devant la presse, insistant sur les termes de mentalité et d’humilité, des points qu’Edon Zhegrova devait conserver pour briller : « Je m’attends à pouvoir vous dire que oui (Zhegrova est plus humble, à progresser dans sa mentalité, ndlr), mais ce que je souhaite voir, c’est de la continuité. Je veux voir plus, car je sais qu’il peut faire plus. Il peut être encore plus constant », lançait-il. Entretemps, à l’issue d’une revanche prise sur le FC Lorient (3-0), l’ailier lillois s’était laissé aller à l’euphorie, mentionnant haut et fort ses ambitions, celles d’aller chercher la Ligue des Champions. Cette sortie n’avait pas été bien reçue par le technicien portugais, ainsi que par la direction nordiste, qui s’était jusqu’ici cachée lorsqu’il fallait mettre des mots clairs sur l’objectif recherché. Depuis, le Dogue n’est plus apparu une seule fois devant les caméras ou aux micros de médias qui avaient pourtant étaient séduits par ce côté décomplexé.
« Certains ont pensé qu’ils pouvaient briller, être des stars, et je n’aime pas voir ce comportement chez mes joueurs »
Depuis ce rendez-vous avec le Clermont Foot 63, qui avait fait sensation auprès de l’ensemble de la presse, Edon Zhegrova est plus en retrait. Dans la difficulté à Lyon, puis à Paris lors de deux revers consécutifs pour le LOSC, le Kosovar a ensuite été placé sur le banc face au Havre, le 17 février dernier. À son issue, Paulo Fonseca s’était montré passablement agacé, et ce, alors même que son équipe venait de faire trembler les filets à trois reprises pour s’imposer avec aisance sur sa pelouse (3-0). Le Portugais pointait du doigt le comportement de certains de ses joueurs et notamment de ses entrants, parmi lesquels le natif de Herford en Allemagne figurait : « Notre match (contre Le Havre AC) a été bon après le premier but et jusqu’à la 70ème minute. Je pense que les vingt dernières n’étaient pas très bonnes. Nous sommes capables de faire mieux parce que les changements n’ont pas véritablement amélioré l’équipe. Ils n’ont pas beaucoup apporté. Mais globalement, je trouve que l’on a tout de même fait un bon match », répondit le technicien lillois. C’est un message que j’envoie à l’équipe et pour quelques joueurs, certains qui sont rentrés et d’autres qui étaient déjà sur le terrain et qui ont joué tout le match. Quelques joueurs se sont relâchés. Certains ont pensé que le match était terminé et qu’il était désormais pour eux individuellement, pour briller, être des stars, et je n’aime pas voir ce comportement chez mes joueurs », révélait-il, sans vouloir néanmoins dévoiler l’identité des individualités concernées.
Le message semblait ainsi passé : « J’en ai reparlé cette semaine. Comme toujours, je discute des problèmes que l’on rencontre avec chaque joueur après les matchs. J’ai parlé spécifiquement avec eux et ils sont les premiers à reconnaître que ce n’est pas possible d’avoir le comportement et l’attitude qu’ils ont eus », confiait le chef de meute chez les Dogues, mais l’était-il vraiment ? Si sa première présence sur le banc « n’était pas une punition » et simplement « un choix tactique », Paulo Fonseca insistait dans le même temps sur le fait « de vouloir ce qui est le mieux pour l’équipe » en alignant « les meilleurs », et ce, « en fonction des dernières semaines de travail et des performances sur nos derniers matchs », lançait le technicien, toujours à l’issue du succès empoché face au Havrais.
Edon Zhegrova, pourtant déterminant dans les performances lilloises, ne faisait donc pas partie des meilleurs aux yeux de Paulo Fonseca. Une tendance qui s’est répétée dimanche dernier, lors d’un déplacement douloureux à Toulouse conclu d’un revers (3-1). Pour cette opposition de style, alors que le Kosovar avait brillé au match aller, le choix avait été de le laisser sur la touche. Il ne faisait donc pas partie de ce qui pouvait être mieux pour l’équipe, une seconde fois. C’est alors que cette soudaine « mise à l’écart » a été la source d’interrogations chez les journalistes. Malgré tout, trop agacé par l’arbitrage ce jour-là, le Portugais n’avait pas souhaité s’épancher sur ce sujet : « Je ne souhaite pas parler du passé. Edon (Zhegrova) a fait une belle entrée et c’est le plus important », fustigeait-il brièvement, toujours énervé, laissant les médias sans réponse et dans une certaine incompréhension même.
Au profit de la concurrence
Cette mise sur la touche, qui s’est ainsi répétée le week-end dernier à Toulouse, profite à un homme, Adam Ounas (27 ans). L’ailier algérien retrouve de l’importance dans le jeu offensif lillois et impose une concurrence certaine à Edon Zhegrova. Celle-ci, entre les deux hommes, a d’ailleurs récemment été commentée par le premier nommé : « Je suis très heureux pour lui. Le meilleur joue, c’est ce qui se passe dans toutes les équipes. Il a été meilleur, j’ai été blessé. Je suis revenu et je n’ai pas réussi à récupérer ma place. Avec les matchs, le travail aux entraînements, le coach fait ses choix et il faut les respecter », confiait-il en conférence de presse quelques heures avant de s’envoler pour la Ville Rose pour faire grise mine. En à peine quelques semaines, les rôles semblent presque s’être inversés. Aujourd’hui, le Kosovar est en quête de lumière, celle qu’il aimerait sans doute retrouver, et ce, pour briller de nouveau.






