Publié le 7 octobre 2026 à 10:00

Crédit Photo : Bryn Lennon/Getty Images
Gérard Lopez, ancien dirigeant du LOSC, pourrait devoir s’expliquer devant un tribunal après qu’une longue enquête ait été menée par la police judiciaire de Lille sur le transfert de Victor Osimhen à Naples à l’été 2020.
Après cinq ans d’enquête, Gérard Lopez pourrait être rattrapé par la patrouille. Le parquet de Lille envisagerait, selon un dernier point réalisé par le média L’Équipe, de le citer à comparaître pour abus de biens sociaux, escroquerie au préjudice du Crédit Mutuel, complicité d’exercice illégal de la profession d’agent et complicité de faux et usage de faux dans le cadre du transfert de Victor Osimhen à Naples contre 70 millions d’euros à l’été 2020.
4 joueurs pour 20 M€
Les membres de la police judiciaire de Lille se sont penchés ces cinq dernières années sur les transferts réalisés par le LOSC de 2017 à 2020. Leur attention s’est, suite au signalement du commissaire aux comptes du club en avril 2021, portée sur le transfert de Victor Osimhen et l’intégration de quatre recrues napolitaines à l’opération :
- Orestis Karnezis (35 ans, 5,1 M€) ;
- Claudio Manzi (20 ans, 4 M€) ;
- Luigi Liguori (22 ans, 4 M€) ;
- Ciro Palmieri (20 ans, 7 M€).
Cela représente un total de 20 millions d’euros pour des joueurs ayant été valorisés, à l’époque par le site spécialisé Transfermarkt, à 650 000 euros. Les trois derniers nommés, aussitôt prêtés, n’ont d’ailleurs jamais mis les pieds en France et sont restés en Italie. L’un d’eux s’est même défini devant les enquêteurs comme une « monnaie d’échange », quand le commissaire aux comptes du club juge que ces opérations auraient été « survalorisées de façon artificielle » et masqueraient en réalité une vente de Victor Osimhen à 50 millions d’euros, et non 70.
L’utilité d’un tel montage
Selon les enquêteurs, gonfler le prix du transfert avait plusieurs intérêts :
- Le Crédit Mutuel : Gérard Lopez avait besoin d’un crédit de trésorerie de 35 millions d’euros. Il est soupçonné d’avoir apporté en garantie la créance de 70 millions d’euros du LOSC sur Naples, à l’insu de la banque. Son directeur, entendu et perquisitionné, parle d’un « défaut de loyauté ».
- De l’affacturage : La même créance aurait servi à obtenir des liquidités immédiates auprès d’un fonds d’investissement afin de maintenir le train de vie du club.
- Des intérêts extérieurs : Le SC Charleroi, club ayant cédé Victor Osimhen au LOSC en 2019, a touché 8 millions d’euros grâce à une clause d’intéressement, contre 4,2 M€ si la vente avait été conclue à 50 M€. Les agents du joueur espéraient eux aussi pouvoir toucher une commission plus élevée.
La posture de Gérard Lopez
Son avocat pénaliste, Me Pierre de Combles de Nayves, affirme que Gérard Lopez « a toujours pris ses décisions dans l’intérêt exclusif du club ». Selon lui, les faits reprochés reposent sur des évaluations « sans aucune valeur scientifique » issues de sites internet.
Il rappelle également que le procureur n’a, à ce stade, engagé aucune poursuite. Enfin, il dénonce un « acharnement personnel » de la part d’Olivier Létang, actuel président du LOSC, à l’encontre de son client.
Son avocat historique, Me Cotret, conteste quant à lui catégoriquement le « gonflement artificiel du montant d’un transfert pour tromper un établissement financier ou obtenir indûment un financement » et assure que « ce transfert a été discuté et approuvé dans les organes compétents du club. »
Une seconde enquête
Une information judiciaire distincte a été ouverte en octobre 2021 après une plainte déposée par Olivier Létang, successeur de Gérard Lopez à la présidence du LOSC. Elle porte sur des contrats de scouting confiés à des sociétés contrôlées par l’homme d’affaires luxembourgeois (Victory Soccer et Scoutly) et sur la réalité de prestations d’agents. L’instruction est toujours en cours.
Le directeur général lillois de l’époque, Marc Ingla, pourrait lui aussi être poursuivi selon les informations du quotidien sportif. Ce serait cette fois pour complicité d’escroquerie, complicité d’abus de biens sociaux et complicité d’exercice illégal de la profession d’agent. Son avocat n’a pas souhaité commenter ces hypothèses. Marc Ingla a assuré, lors de l’enquête, ne pas être intervenu dans les transferts lillois sortants.






