Rejoignez nous !

Football

Les déclarations de Maarten Petermann et Olivier Létang (LOSC) devant le Sénat

Publié

le

Crédit Photo : Le Petit Lillois / Corentin Betrancourt

Ce jeudi, plusieurs dirigeants du football français étaient auditionnés par le Sénat. Il a été possible de suivre cette audition sur le compte Sénat Direct, là où Jean-Michel Aulas (FFF), Jean-Pierre Caillot (Stade de Reims), Joseph Oughourlian (RC Lens), Olivier Létang (Lille) et Maarten Petermann (fonds Merlyn Partners) ont représenté le football professionnel français pour évoquer la financiarisation du football.

Pourquoi votre venue devant le Sénat ?

Pour le cadre, on a tous une longue histoire dans cette activité qu’est le football. Merci de nous recevoir, c’était important pour nous de le faire rapidement. On a été surprise au départ, parce qu’on a eu l’impression de vivre un procès à charge avec des gens qui n’ont pas été là au moment des discussions et qui ne sont pas dans les clubs. C’est toujours facile de faire ça. À aucun moment, il n’y a eu de demande de la part de CVC, de même pour la Ligue, alors on s’est parlé entre nous (les présidents, ndlr) et on s’est dit qu’il fallait qu’on aille raconter la vérité. Nous sommes là de notre simple volonté commune.

Quels enseignements tirez-vous ? Le prix du championnat français a-t-il été surrévalué ?

Vous parlez de la valorisation à la période de Mediapro, mais on ne le saura jamais. Le monde change et le football d’aujourd’hui n’est plus celui de 2001 comme la situation de 2018 et ensuite de Mediapro. On est dans une situation qui est unique parce qu’on a un diffuseur qui est connu et qui opère dans d’autres pays, qui a une fiabilité, mais on est dans une situation improbable avec le Covid. Il faut également rappeler que nous sommes le seul des cinq grands championnats à avoir mis un terme à notre saison. Cette décision a eu un impact important sur les diffuseurs et donc sur les clubs. Cette situation, on ne peut la comparer avec ce que l’on vit aujourd’hui. On a une vision vis-à-vis des droits télévisuels des autres pays, avec une évolution qui était forte et qui ralentit. La question du distributeur est une vraie question aussi, mais à l’époque, nous étions dans une situation totalement unique avec le Covid et la fin du championnat.

Comment se fait-il, après les 250M€ d’Amazon, que vous ayez revalorisé les droits domestiques à 800M€ ? Comment avez-vous pu refaire cette constatation ? (Maarten Petermann)

En décembre 2020, quand nous avons repris le club, nous avions pris l’engagement que nous serions des propriétaires sérieux et fiables. Ce qui a été fait depuis, c’est que le club va fêter ses 80 ans au mois de novembre, mais qu’il aurait pu et peut-être dû mourir à 77 ans puisqu’en décembre 2020, le club est en situation de banqueroute pour un certain nombre de raisons : mauvais management, mauvaises décisions économiques, et un certain nombre d’autres choses, la situation du Covid, Mediapro, l’arrêt de la Ligue… M. Petermann disait qu’il n’avait pas compris pourquoi la Ligue avait choisi Mediapro dans la mesure où la Serie A n’avait pas accepté de faire un deal avec Mediapro. Depuis, le club a été sauvé et se retrouve dans une situation profitable depuis trois ans, ce qui veut dire qu’il y a un modèle vertueux qui existe. Le monde du football est un monde dans lequel il n’y a pas beaucoup de capitaux et même ouvrir un compte bancaire est quelque chose qui peut être très compliqué.

Pourquoi le supporter de CVC ? Cela a été un gros process avec un certain d’établissements financiers qui ont contribué et participé. Les gens se sont parlés dans le foot et ils savent qu’il y a un besoin de financement parce que si l’on veut réduire le gap avec les ligues concurrentes, il faut apporter des capitaux pour réduire le différentiel parce que l’on a moins de moyens. Pour CVC, c’était mieux pour nous d’avoir un petit pourcentage qui est amené à grandir, plutôt que d’avoir un petit pourcentage de quelque chose qui va stagner ou diminuer. On connaissait également l’expérience de CVC à travers la Formule 1, qui a été formidable, et connaissant les besoins des clubs, aujourd’hui, pour trouver des financements, c’est extrêmement compliqué et d’avoir des gens fiables et sérieux dans le sport était quelque chose de naturel à nos yeux.

Avec le recul, validez-vous toujours ce plan avec CVC vis-à-vis de la problématique des droits TV ?

Finalement, pourquoi on est là aujourd’hui ? Parce qu’il y a un problème sur l’appel d’offres des droits télévisuels domestiques. Aujourd’hui, on parle d’un business plan CVC, qui sont quand même de grands professionnels reconnus et très rationnels. Si on parle du football français en termes de valorisation, on peut parler de la formation. On a la meilleure formation au monde. On a un partenaire, qui est CVC, et qui a mis 1,5 milliard. Ils étaient trois autres, déçus de ne pas pouvoir rentrer dans le football français. On a de plus en plus de monde dans les stades. On a un spectacle qui est aujourd’hui de qualité. Tout est positif. La réalité aujourd’hui, c’est qu’il y a un élément qui est négatif, ce sont les droits télés domestiques dans un contexte très particulier avec un diffuseur (Canal+) qui a le monopole. J’ai un profond respect pour Canal+, pour ce qu’ils ont fait pour le football durant 30 ans, ce qu’ils ont réussi à créer, mais aujourd’hui il y a la problématique du football français avec les droits domestiques et un acteur qui est un acteur bloquant. Finalement, on ne parle pas de fonds publics, mais de fonds privés qui viennent aider les clubs à se professionnaliser, à grandir et à performer, à l’exception de cette problématique des droits télévisés.

Comment passer ce cap des droits TV en chute ? Et rebondir sur le plan économique ? Et que pensez-vous de l’inégalité enter les clubs ?

Je veux clarifier les choses. Je ne veux pas paraître pour un rêveur, mais nous sommes tous aussi, ici, des gens passionnés, engagés, responsables et vous avez raison, nous parlons d’argent et de fonds, mais nous sommes aussi là pour deux choses, la passion et l’émotion. On est aujourd’hui dans une époque durant laquelle nos concitoyens souffrent avec une succession de choses depuis les Gilets Jaunes et finalement on se rend compte que le football permet de rassembler des dizaines, des centaines de milliers de personnes pour des raisons positives. C’est le sport et le football. C’est aussi notre responsabilité. On a tous des communautés et on en prend soin. Le rôle d’un club de football est une entreprise de spectacle, mais cela va également bien au-delà. On est tous également garant de l’argent public, on est tous également inquiets, mais CVC était une opération vitale dans un contexte très particulier. Finalement, on se rend compte que le deal avec CVC est bon, ou pas bon, mais ceux qui perdent le plus d’argent aujourd’hui, ce sont les gens de CVC. Ce deal, remis en cause parce que c’est le début de l’audition qui est comme ça, mais ça a été tellement fléché sur CVC, mais en réalité la problématique aujourd’hui ce n’est pas ça, mais le montant des droits TV domestisques. Il y a un appel d’offres en cours, des discussions sont en cours et il ne faut pas trop en parler. Il faut attendre le résultat et que tout le monde revienne à la raison pour que l’on ait une situation qui soit juste, équilibré et équitable. Il y a également des enjeux sociétaux qui sont importants et vous avez raison de le rappeler.

(Maarten Petermann)

Il faut savoir que la Ligue, les clubs et CVC ont le même objectif, faire grandir le championnat français et ses revenus. Quand quelqu’un a une participation minoritaire, c’est normal d’avoir des protections si les gens de la Ligue deviennent fous. C’est quelque chose d’habituel.

Quelle utilisation de l’argent de CVC ?

Je parlais tout à l’heure de responsabilités… Quand on est arrivé au mois de décembre 2020 avec Maarten (Petermann du fonds Merlyn Partners), ça va peut-être choquer, mais le club était mort économiquement. D’ailleurs, je vais le dire publiquement, mais je suis étonné qu’un club français ait de nouveau été donné à une personne (Gérard Lopez et Bordeaux) qui n’est toujours pas domiciliée fiscale en France et qui a déjà fait couler plusieurs clubs à l’étranger. Et quand on voit la situation de ce club aujourd’hui, avec des fonds publics utilisés, en tant que citoyen français qui paie ses impôts en France, je trouve ça assez moyen. Bref, ce que l’on fait depuis, c’est que l’on a sauvé le club qui est aujourd’hui sain financièrement. On ne l’a pas utilisé pour réduire la dette, mais pour investir sur la formation, sur les infrastructures, sur le digital. L’académie, cela faisait cinq ans qu’aucun n’avait joué avec l’équipe première et rien que l’année dernière, huit ont joué dont trois titulaires. On a investi également sur les ressources humaines et le digital. Les deux dernières années, nous avons battu des records de chiffre d’affaires de ticketing et de merchandising parce que l’on a investi sur ces parties là. On a réinvesti sur le Domaine de Luchin. C’est difficile de vous parler de montant exact, mais je dirais une trentaine de millions en sachant que 31 autres arrivent bientôt et qu’on les utilisera de nouveau pour rendre le club plus fort.

La répartition de l’argent de CVC est-elle juste ? (certains clubs touchent plus que d’autres) (Marteen Petermann)

Lille a perçu 80 millions d’euros et beaucoup de choses ont conditionné cette répartition. Personne n’a jamais fait de lobbying pour toucher cette somme. Logique que le PSG reçoive plus ? Oui, parce que la valeur du championnat français serait moindre sans le PSG. D’autres crans ont ensuite été décidés. Les clubs européens ont performé et cela nous a permis d’avoir des places supplémentaires en Champions League. C’est quelque chose de positif et valoriser le travail des clubs européens est quelque chose de logique.

Pourquoi aucun autre ligue n’a réalisé le même pari CVC ? (Marteen Petermann)

Cela ne s’est pas produit à l’étranger parce qu’il y a toujours eu un manque d’unanimité. La dernière Ligue dans laquelle les fonds sont allés c’est vers la ligue française, parce que tous les clubs ont étaient unanimes.

La création d’une chaîne à 25 euros comme le projet Mediapro (Marteen Petermann)

Ce qui est important pour les supporters du football français, c’es d’avoir le football à une seule et une même place. C’est un modèle qui a été plébiscité par les supporters du LOSC, qui devaient avoir Canal+, RMC et Amazon pour suivre toutes les compétitions. On pense que c’est vraiment important que les droits soient au même endroit pour les consommateurs français et cela valorisera le produit pour suivre leur équipe. Il y a différents moyens de faire ça et ce n’était pas le cas de Mediapro.

Advertisement

Populaires

Le Petit Lillois

GRATUIT
VOIR