Publié le 4 mai 2020 à 12:00

Crédit Photo : Le Petit Lillois
Steeve Elena était l’invité de 100% Ligue 1 cette semaine. Son arrivée au LOSC, son rôle de doublure quasi-permanent et sa vision du club depuis son départ sont notamment évoqués dans ce long entretien.
Son arrrivée au LOSC
Le LOSC est l’une de mes meilleures périodes sportives de ma carrière. Il y a une reconnaissance que je n’avais pas eu avant qui me tombe dessus. Pour un sportif, c’est plaisant d’avoir des échanges avec un club huppé qui a une dimension reconnue en France et en Europe. Lille renvoie l’image d’un club très familial. Quand on voit les joueurs qui ont obtenu ce titre de champion, il se dégageait l’image d’une équipe qui jouait avec ses moyens, bousculait le haut du classement avec l’émergence de jeunes issus du centre de formation.
Son passage à Lille
En 4 ans j’ai vu l’effectif bouger. J’ai vu les joueurs champions partir après le titre comme Debuchy ou Landreau mais en même temps je côtoyais de nouveaux jeunes qui venaient de monter dans le groupe pro comme Idrissa Gueye, Divock Origi et Benjamin Pavard. Le modèle du club était bien huilé, la formation bossait tellement bien que les joueurs qui arrivaient dans le groupe étaient respectueux et d’une simplicité incroyable. La formation mettait en avant le côté sportif mais aussi le côté humain.
Son rôle de doublure
Cette année-là 3 clubs étaient sur moi. J’étais aussi annoncé du côté de l’OM. Les deux projets français qui se présentaient à moi ne m’offraient aucune garanti d’être titulaire. Si l’on compare les deux gardiens installés : Mandanda est un gardien que l’on peut mettre dans la même « case » que moi, toutes proportions gardées, alors que Mickaël Landreau a un style différent. J’ai des qualités qu’il n’a pas et il a des qualités que je n’ai pas non plus. Je suis un gardien plutôt aérien, qui va faire confiance à mes jambes pour aller à droite ou à gauche. Steve est dans ce même registre donc je me suis dit : « pourquoi j’irais à l’OM où il y a un gardien international, plus jeune que moi et dont le style me ressemble ? »
Je n’ai jamais eu peur d’arriver dans un club et d’être doublure. J’aime voir comment les choses se passent, m’imprégner de la vie de vestiaire et de la vie de club pour ensuite y faire ma place naturellement. Je ne suis pas quelqu’un qui arrive et qui veut bouger les meubles. Rudi Garcia m’avait dit de prendre mes marques, que j’étais un gardien sur lequel il comptait et qu’il allait faire en sorte que j’ai du temps de jeu. Moi ça m’allait parce qu’il fallait que je tente autre chose et il fallait que je me frotte à un niveau au-dessus. J’avais envie de vivre ça.
L’année où Vincent (Enyeama) revient, on ne sait pas trop s’il va rester. Mais moi j’ai juste envie de vivre mon truc à ce moment-là, découvrir ce niveau, progresser et faire ma place tranquillement. Pour son départ du club, ça a été très brutal, ce n’est pas quelqu’un qui mérite d’être mis à l’écart de cette façon-là. C’est là qu’on voit que le football va très vite. Je me souviens de période où Vincent était le socle de l’équipe de part ses prestations.
Puis il y a eu l’arrivée de Mike Maignan qui était une bonne pour le club. Lorsque je quitte le LOSC, j’ai 36 ans et Vincent en a 34. Hervé Renard dit concrètement au début de saison : « j’ai deux gardiens âgés, il y a un coup à faire concernant la relève. On va essayer de faire venir Mike Maignan ». Sur le fond, il n’y a aucun problème, mais pour ma position personnelle, il y a eu une incompréhension à cette période là parce qu’on a essayé de me mettre dans un loft avant l’heure. Avec Hervé Renard, ça ne s’est pas vraiment bien passé humainement.
L’échec Hervé Renard
Il y a eu des erreurs de communications sur certains joueurs et il ne s’est pas appuyé sur les anciens pour faire passer certains messages. Sans vouloir incriminer personne, c’est une erreur qui a été faite selon moi. On ne peut pas remettre en question les statuts de joueurs qui ont fait l’histoire du club. On doit composer avec ces joueurs-là, et on doit les inclure dans le projet surtout quand ils sont encore performants. Ça a été fait maladroitement au départ.
Les dessous du dossier Thauvin
Florian? C’était mon voisin de vestiaire ! On s’est recroisé après cette histoire et on en avait ri. Je peux comprendre que c’était un sacré dilemme pour le joueur et pour le club. Ce que j’ai compris, c’est qu’à l’origine lorsqu’il est venu, il avait été séduit en amont par le discours de Rudi Garcia, comme la plupart des joueurs qui étaient arrivés cette année-là. Au final, l’histoire ne lui a pas donné tord parce qu’il y est encore malgré la parenthèse Newcastle. C’était un bon gamin, mais après je crois qu’il n’est venu que deux fois aux vestiaires.
Martin – Kalou, des joueurs mal-aimés
Marvin et Salomon ont pris énormément de pression sur les épaules. Salomon était par moment sifflé dans le stade alors qu’il a quand même mis 29 buts en 2 saisons. Marvin était à son arrivée le plus gros transfert du club. Malheureusement, il s’est blessé et il a super mal vécu cette période. C’est un super mec et c’est encore un ami. J’ai vraiment découvert qu’une partie des gens était méchant avec lui, c’était vraiment gratuit. Dès qu’il rentrait sur le terrain, il était sifflé.
L’importance du capitaine Rio
Au niveau du club, il avait toujours des infos avant les autres. Rudi Garcia s’appuyait sur 5 joueurs de l’effectif et Rio faisait partie de ce conseil des sages. Par exemple, il m’a annoncé avant l’heure que je jouerais en Ligue des Champions. Il a toujours fait en sorte de prendre soin des gens qu’ils l’entouraient et qu’il aimait bien.
Le nouveau projet de Gérard Lopez
Au départ j’ai trouvé ça dur avec le Loft. Ce projet lillois, quand on est à l’intérieur, c’est de base un projet humain. Par exemple, certains joueurs ont consenti à faire des efforts pour la bonne tenue financière du club en redessinant leur contrat. Aussi, à l’époque, quand un jeune joueur était bon, on le signait directement pour le récompenser. Ce nouveau changement de stratégie m’a fait souffrir de loin. Je peux comprendre qu’il y ait une refonte de la stratégie sportive, mais pas comme ça, il y a des façons de faire. Le mauvais karma leur est revenu en pleine tête cette année-là, sans être médisant. Après, cette stratégie s’est mise en place, ça a tourné pour eux et j’en suis content. Sur le long terme et sur le fond je trouve ça super mais sur la forme du départ, ils auraient pu se comporter différemment avec certains joueurs.
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