Publié le 25 septembre 2021 à 14:35

Crédit Photo : Le Petit Lillois
Il y a 20 ans, le LOSC remportait son premier match des poules de Ligue des Champions. Récit de cet exploit face à l’Olympiakos de Christian Karembeu (3-1).
L’époque du miracle permanent
Avant d’évoquer ce LOSC – Olympiakos de septembre 2001, remontons trois ans plus tôt, en septembre 1998. Le LOSC alors entrainé par Thierry Froger vient de terminer à la « place du con » (4ème de D2), s’effondrant sur la fin de championnat, alors que la remontée en D1 leur tendait les bras.
L’exercice 1998/99 commence mal, avec un triste bilan d’une victoire, deux nuls et trois défaites pour entamer la saison. Les Dogues flirtent avec la zone rouge, en étant à égalité avec Niort 18ème et premier relégable. Le président Bernard Lecomte se doit de réagir, et choisi Vahid Halilhodžić pour prendre la tête de l’équipe première. Le Bosniaque redresse rapidement l’équipe et réussit presque à accrocher la montée dès cette première saison (4ème de nouveau). L’équipe est transformée, et sur sa lancée, Lille marchera sur la D2 la saison suivante, s’adjugeant haut la main, le titre de champion de France du purgatoire (83 points).
Le retour parmi l’élite se fait sans encombre. La plupart des joueurs n’ont pourtant jamais connu la première division, mais prennent confiance au fil des matchs. Mieux, ils arrivent à jouer les premiers rôles, et à faire rêver les supporters de titre. Lille est leader à cinq journées du terme, le 17 mars 2001, après une victoire à Toulouse. Toutefois, après quatre résultats défavorables face à des concurrents directs (nuls contre Bordeaux, Auxerre et Paris défaite contre Lyon), Lille n’a plus son destin en main pour accrocher le podium lors de la 34ème (et dernière) journée. Il faut profiter d’un faux pas de Bordeaux (en déplacement à Metz), et gagner à Monaco. Ce scénario miraculeux se produit pourtant. Les Girondins s’inclinent 2-0 en Moselle, quand les hommes d’Halilhodžić s’imposent (2-1) après avoir été menés dès la 2ème minute de jeu.
Le lendemain, la foule des grands jours est présente sur le parvis de l’hôtel de ville à Lille. L’exploit est retentissant. Pour sa première qualification en compétition UEFA, le LOSC aura l’occasion de côtoyer les meilleures équipes… au sein de la prestigieuse Champions League.
Après la fête, il faut vite se remobiliser, car avant d’entrevoir les poules de la Coupe aux grandes oreilles, et sa petite musique… il faudra passer l’obstacle Parme, véritable cador italien de l’époque. Mais là encore, un mélange d’abnégation, de sérieux et de volonté… permettra à nos débutants lillois de passer l’obstacle parmesan et d’obtenir un billet définitif pour la C1.
Malheureusement, le seul à ne pas passer les barrages sera le stade Grimonprez-Jooris. L’enceinte de seulement 26 ans n’est pas homologuée par l’UEFA pour la phase de poules. Une solution est trouvée grâce au voisin lensois, qui accepte de louer son antre de Félix Bollaert (même si le club n’aura pas accès aux espaces VIP). Sportivement, les joueurs ont déjà quelques repères sur la pelouse de Bollaert, puisqu’ils sont venus y gagner en février 2001 (0-1), puis y faire nul en août (1-1) contre le rival lensois.
Olympiakos, un gros morceau ?
Sans surprise, pour le premier tirage au sort européen de l’histoire du club, le LOSC est le petit poucet des 32 partants. Le groupe G sera composé de Manchester United (champion d’Angleterre en titre et vainqueur la Champions League deux ans plus tôt), de La Corogne (champion d’Espagne 2000 et vice-champion en 2001), et de l’Olympiakos le Pirée (champion de Grèce).
Présents dans le chapeau 3, les grecs semblent être les adversaires les plus abordables pour le LOSC. Mais leur expérience du haut niveau n’est pas comparable. Habitués des joutes européennes, les grecs étaient quarts de finaliste de Champions League en 1999. Par ailleurs, le club d’Athènes disputait en 2001/02 sa 36ème campagne européenne (ils en sont à 56 en 2021/22). Et leur dernière absence continentale remonte à la saison 1991/92.
En raison des attentats terroristes du World Trade Center, la première journée initialement prévue contre La Corogne le 12 septembre, sera reportée au 10 octobre. Le sport passe au second pendant quelques jours. Et c’est donc à Old Trafford, que le LOSC débutera cette campagne, par une cruelle défaite contre l’ogre de Manchester United.
Pour son premier match à domicile en phase de poules de C1, les hommes de Vahid sont confiants, mais méfiants, à l’image de Grégory Tafforeau fraichement arrivé dans le Nord : « [Je suis] bien incapable de citer des joueurs de cette équipe à part Christian Karembeu. […] Sur le papier, cela semble bien plus abordable que Manchester, mais il faut quand même se méfier »
En effet, en dehors de Christian Karembeu, champion du monde quelques saisons plus tôt lorsqu’il jouait pour le Real Madrid, pas de star, dans cette équipe constituait majoritairement de grecs, même si la présence de Giovanni, attaquant international brésilien venu du Barça, est à noter.
Par ailleurs, le LOSC n’avait pas le patch Champions League lors du barrage face à Parme, c’est donc la première fois qu’ils le portent à la maison, pour cette quatrième rencontre officielle en compétition UEFA !
La composition et le match
Avec des moyens et un effectif limités, performer en Europe et en championnat était une crainte pour Vahid Halilhodžić, qui l’année précédente avait déjà sacrifié les coupes nationales pour ne pas se disperser. Mais jusqu’ici tout se passe bien. Et pour cause, avant d’aborder la rencontre, Le LOSC est co-leader de D1, avec 18 points et aucune défaite au compteur après 8 journées de championnat.
Le système mis en place par l’entraineur est très défensif. En fonction des adversaires, il articulait sa composition autour de deux récupérateurs solides et combatifs (Sylvain N’Diaye et Fernando D’Amico), démarrant la rencontre avec deux ou trois défenseurs centraux. La discipline était de mise. Une quasi interdiction pour les latéraux de dépasser la ligne médiane, et un rôle de repli imposé à tous ses offensifs. Cette saison 2001/02 sera celle de la confirmation pour Bruno Cheyrou, qui occupait tantôt le poste de meneur de jeu, tantôt celui d’ailier gauche. Devant, le schéma préférentiel était d’avoir Bakari ou Beck dans un rôle de pivot en pointe, et un attaquant plus mobile (Bassir, Boutoille ou Olufadé par alternance) qui lui tournait autour. Retrouvez ici, la feuille de match UEFA.
Ce soir-là, Grégory Wimbée gardait les buts, avec devant lui une ligne de quatre défenseurs (Pichot-Fahmi-Cygan-Ecker), deux récupérateurs (N’Diaye-D’Amico), deux ailiers (Sterjoski et Bruno Cheyrou), et Boutoille tournant autour de Bakari seul en pointe. Au cours du match, Delpierre (67ème) et Tafforeau (75ème) entreront en jeu pour sécuriser le score, et Olufadé (88ème) participera à la fête.
Car oui, ce fut une belle fête à Bollaert. Bien en place défensivement, les Dogues tenteront 15 tirs (dont 8 cadrés), contre 7 tirs grecs (4 cadrés). Il ne fallu pas attendre très longtemps pour assister au premier but lillois. Peu après la demi-heure de jeu, Dagui Bakari, profite d’une belle percée de Bruno Cheyrou au milieu de trois défenseurs, puis d’un cafouillage pour marquer d’un plat du pied depuis le point de pénalty.
Le deuxième but est surement l’un des plus beaux du LOSC en coupe d’Europe. En effet, en gagnant un duel aérien, Bakari dévie vers Cheyrou. De l’extérieur de la surface, le numéro 28 contrôle de la poitrine et enchaine par une reprise volée qui termine dans le petit filet. Imparable !
Enfin, Grégory Tafforeau permettra aux Dogues de mener 3-0, par un but qu’il garde évidemment en mémoire : « J’étais sur mon petit nuage. Je suis rentré à 20 minutes de la fin. Dagui Bakari effectue un long centre au deuxième poteau. Je vois le gardien qui sort mais j’y vais quand même. Il relâche le ballon, j’ai le réflexe de me remettre le ballon dans la course et de marquer derrière. J’ai tout de suite regardé l’arbitre de touche pour voir s’il n’avait pas levé son drapeau. Puis ç’a été la délivrance surtout que c’était le troisième but, synonyme de victoire face à l’Olympiakos. Ç’a été une période intense pour moi car le match d’après, j’ai marqué à domicile contre Metz (2-0). »
Qui l’eut cru ? 16 mois seulement après son dernier match de D2 (le 20 mai 2000 contre Laval), le LOSC menait 3-0 dans un match de Champions League !
L’anecdotique réduction du score à la 91ème minute ne changera rien. Lille s’inclinera quelques semaines plus tard en Grèce (2-1), mais terminera devant l’Olympiakos à l’issue de poules… histoire de prolonger un peu cette saison inaugurale sur les routes d’Europe, en étant repêchés en Coupe UEFA.
Encore aujourd’hui, cette victoire face à l’Olympiakos reste la plus large victoire en poule de C1. Record partagé avec un Lille-AEK, troublant par ses similitudes : 3-1 également, contre un autre club d’Athènes et encore à Bollaert… pour la dernière victoire en date à domicile dans cette compétition (octobre 2006).






