Publié le 24 juin 2021 à 20:00

Crédit Photo : Le Petit Lillois

Par - Catégories : LOSC-

Le 10 mai dernier, le LOSC et son président Olivier Létang officialisaient un partenariat inédit avec la banque d’investissement public BPIFrance. Retour sur un partenariat qui en dit beaucoup sur le projet lillois.

Un partenariat gagnant-gagnant

Quelques semaines avant de glaner son quatrième titre de champion de France, les Dogues pouvaient déjà se targuer d’un premier (petit) exploit en coulisses : avoir été retenu parmi les 55 clubs partenaires de la banque d’investissement publique BPIFrance. Une réussite, puisque le projet lillois a été l’un de ceux choisi sur plus de 150 candidatures de clubs issus de différents sports et venus de toute la France. Parmi eux, les deux Olympiques, Lyonnais et Marseillais, ainsi que le Montpellier Hérault, qui avaient aussi présenté leur projet, en vain.

La BPI est une banque publique d’investissement, créée en 2013. Sa mission consiste à soutenir les petites et moyennes entreprises, ainsi que les entreprises innovantes. Chaque année, des projets sportifs sont ainsi mis à l’honneur et entrent dans le réseau des « Meneurs », la branche sportive de BPIFrance. Cette collaboration leur permet par la suite de développer leurs relations, notamment avec des partenaires économiques via le réseau de BPIFrance, constitué de 16.000 partenaires économiques réputés.

Cette communauté des Meneurs a d’ailleurs pu se réunir une première fois pour « la journée des Meneurs », en décembre dernier, avec des invités d’honneur tels que Frédéric Michalak ou encore Mickael Guigou, deux anciens sportifs de haut-niveau. Le LOSC entre dans un réseau développé, à la fois constitué d’entrepreneurs mais également voué à l’entraide, à la formation et au développement des clubs meneurs.

Cette année, la conférence de presse d’annonce de la liste des 55 nouveaux « meneurs » avait lieu au domaine de Luchin. Une belle vitrine donc pour BPIFrance, et un joli symbole pour des Dogues sélectionnés pour la première fois dans la liste. Accompagné du Président exécutif de BPIFrance Patrice Bégay, et de Sophie Palisse (Saint-Amand Handball), le Président-Directeur Général du LOSC Olivier Létang se disait « très heureux d’accueillir les clubs partenaires de BPIFrance (…), qui est un véritable condensé d’énergie, de bienveillance, de joie et d’exigence. Ce sont des valeurs qui nous sont essentielles au LOSC ».

L’ancrage local à l’honneur

Tout d’abord, l’objectif premier comme annoncé plus tôt concerne le développement des relations du club lillois avec le tissu économique, plus particulièrement dans la région des Hauts-de-France. Le Président-Directeur Général des Dogues a insisté sur l’importance du développement des revenus et des partenaires pour un club de sport. On peut donc imaginer la conclusion d’éventuels partenariats avec des partenaires de BPIFrance venus de la région.

L’une des conditions pour qu’un club soit retenu parmi les « Meneurs » concerne la formation de jeunes sportifs, et la mise en avant du territoire local par un club. La communauté des « Meneurs » se définit d’ailleurs comme : « un partenariat inédit en France dans lequel Bpifrance et 55 clubs sportifs au cœur des régions font le pari gagnant de s’allier au service du développement de nos territoires, de l’innovation et de notre jeunesse ». Le développement du territoire et de la jeunesse par la formation de jeunes issus du terroir, c’est justement l’un des éléments pilier du nouveau projet d’Olivier Létang, qui a répété à plusieurs reprises son envie de remettre la formation lilloise au premier plan. Le Président-Directeur Général du LOSC a d’ailleurs commencé à reconstruire ce secteur délaissé par le projet Lopez, avec le retour au club d’icônes de la formation lilloise (Jean-Michel Vandamme, Sébastien Pennacchio, Stéphane Pichot…). Durant la conférence de presse, Olivier Létang a d’ailleurs appuyé plusieurs fois sur l’importance d’un club de football au niveau local. Ce partenariat en dit donc long sur l’un des points fondamentaux du nouveau projet lillois.

Une marque « LOSC » à développer

Mais la formation n’est pas le seul symbole de cette collaboration inédite avec BPIFrance. Le qualificatif « meneur » n’est pas anodin : les clubs auditionnés par le jury de BPIFrance (constitué d’entreprises et de collectivités territoriales) doivent convaincre qu’ils sont eux-mêmes des meneurs, des leaders dans leur domaine. « C’est aussi ça être meneur, savoir embarquer son public et lui donner envie de vous suivre n’importe où » insistait Patrice Bégay, à l’heure d’auditionner les projets des différents participant. Le club lillois, fraîchement auréolé de son quatrième titre de champion de France, ne cesse de gagner des supporters (particulièrement jeunes) dans la région. Le développement local du club, voulu par Merlyn Partners connaît peut-être un premier tournant avec la signature de ce partenariat inédit.

Enfin, BPIFrance est un organe de l’Etat. A l’heure on l’on découvre les acrobaties financières réalisées sous l’ère Lopez, on peut également imaginer que ce partenariat a vocation à être le symbole d’un LOSC plus sain financièrement, comme le souhaitent les dirigeants de Merlyn Partners. Olivier Létang parlait ainsi durant la conférence de presse d’une « marque de sérieux ». Ce partenariat va donc de pair avec deux volontés de la direction : un LOSC plus transparent sur le plan financier et dont l’objectif reste de performer et de s’assurer des revenus réguliers grâce au développement médiatique et économique du club.

L’entretien avec… Christophe Chenut

Ce partenariat peut paraître à première vue anodin, voir assez flou, tant les déclarations sur le projet se sont fait rares et discrètes. Pour vous éclairer, Le Petit Lillois a contacté Christophe Chenut, proche d’Olivier Létang et membre du Conseil d’Administration du LOSC.

En quoi va consister ce partenariat entre le LOSC et BPIFrance ? L’intérêt est-il avant tout financier et/ou marketing ?

Je dirais que ce n’est ni l’un ni l’autre. Il s’agit d’un partenariat relationnel avant tout. L’idée, c’est de créer du lien avec l’ensemble des sociétés de la région. BPIFrance joue un rôle de « partenaire des partenaires ». Le partenariat permettra donc au club de rencontrer beaucoup d’entrepreneurs partenaires de BPI, qu’on ne connaît pas encore au LOSC. Financièrement, BPI n’apporte rien en tant que tel, il s’agit plutôt d’un vivier, d’un réseau d’entreprises.

Le LOSC est probablement l’un des plus gros clubs de cette fournée 2021 des « Meneurs ». Le club ne sera-t-il pas avant tout au service des autres clubs ? Ou au contraire, peut-on dire qu’il s’agit d’un partenariat « gagnant-gagnant » ?

Tout le monde est gagnant. On développe tout un réseau. On passe du temps avec les autres partenaires, on fait connaissance, on s’implique humainement. Le LOSC participera par exemple à la tournée estivale (à Berck et Etaples). Les entreprises locales vont découvrir le LOSC différemment, et inversement, il y aura la possibilité de faire du réseau pour le club. A Rennes, avec Olivier Létang, nous avons déjà côtoyé Patrice Bégay, et ce fut une réussite. Avant, il animait le challenge Wanadoo, lorsque j’étais président du Stade de Reims, c’est quelqu’un avec qui j’ai une relation de longue date.

Ce partenariat est-il un symbole du retour à un LOSC plus « local » ?

Disons que c’est une vision générale. Avec Olivier, on considère qu’un club est un bien public régional. On est convaincus que la dynamique locale est prioritaire à tous les niveaux. Un club est créateur de lien social. C’est toujours bien d’avoir des relations fortes, quand tout le monde est fédéré de cette façon ça se ressent. Preuve en est lors des derniers matchs avant le titre, les supporters étaient très importants.

C’est idéal d’avoir ces sponsors locaux. Mais matérialiser l’ancrage local prend du temps, d’un point de vue économique, ça demande du temps et de l’énergie. Il faut aller parler aux sponsors et aux médias locaux… C’est une priorité d’Olivier, et je partage sa vision. Il faut maintenir une performance sportive, et créer un ancrage social et sociétal.

Quels éléments ont pu permettre au projet du LOSC de se démarquer de ceux des autres clubs ?

On ne peut pas vraiment le savoir, c’est le jury de BPIFrance qui décide. Avec Patrice Bégay, on se connaît. Nos expériences précédentes ont été des réussites, on a une vraie relation de confiance, alors ça a probablement joué. Mais attention, c’est un partenariat très sérieux. BPI vérifie beaucoup de choses. C’est un organe de l’Etat, ils ne peuvent pas s’allier à n’importe qui. Je sais qu’ils font, par exemple, des enquêtes juridiques, pour vérifier que tout est aux normes. Puis évidemment, les performances sportives du club ont du aussi avoir leur importance.

Le LOSC va-t-il chercher à multiplier ce type de partenariat à l’avenir ?

BPIFrance, c’est assez atypique, je dirais qu’il n’y a pas de partenariats similaires en France. C’est vraiment un dispositif qui roule depuis des années et qui avance. En revanche, le club peut étudier tout type d’intervention, de relations, avec le MEDEF par exemple, la Chambre de commerce des Hauts-de-France, ou encore l’Association « Les entreprenariales » au niveau local. On sera favorable de créer ce lien et cette connexion avec la région et les entrepreneurs.

Ce partenariat n’est-il pas une marque de sérieux, à l’heure où la situation financière du club semble des plus délétères ?

C’est une reconnaissance, une espèce de marque de sérieux. C’est important aussi vis à vis de la vie financière du LOSC, un bonus à l’heure où la gestion du club est critiquée. C’est bien d’afficher ce partenariat, il peut permettre de rassurer les plus inquiets.

Finalement, le partenariat entre le LOSC et BPIFrance est une bonne nouvelle pour la direction : son projet est validé et soutenu par un organe de l’Etat, gage de sureté et de sérieux. Ce partenariat confirme également ce qui n’était plus un secret pour personne : le retour d’un LOSC plus local.

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