Publié le 5 mars 2026 à 09:42

Crédit Photo : Le Petit Lillois / Oriane Benoist
Cela fait huit mois que Rémy Cabella a quitté le LOSC, là où il a écrit l’une des plus belles pages de sa carrière. Il s’est confié à cœur ouvert et pendant 45 minutes sur cette dernière dans un entretien exclusif à découvrir en intégralité ci-dessous.
Le LOSC (5e, 40 pts), toujours prétendant à une qualification en Ligue des Champions à dix journées de la fin de la saison, et le FC Nantes (17e, 17 pts) se sont retrouvés dimanche dernier. Ce duel, remporté par les Dogues (1-0), était également l’occasion de belles retrouvailles : Rémy Cabella (35 ans) renouait avec le public lillois, celui qui l’a touché pendant trois belles années.
Après s’être contenté d’un extrait, il est temps de tout vous dévoiler. À l’approche de ce rendez-vous, Rémy Cabella s’est confié à cœur ouvert et pendant 45 minutes sur son passé lillois, un passé qu’il chérit. Cet entretien a été réalisé le mercredi 25 février.
Rémy Cabella, le Canari
Bonjour Rémy. Comment te sens-tu à Nantes depuis ton arrivée ?
Je me sens bien, vraiment bien. On est dans une phase un peu difficile, dans un contexte qui est difficile, mais on travaille, on travaille. On est un peu dans notre bulle. On essaye de rester concentré, de donner encore plus pour remonter la pente. C’est ce qu’on fait petit à petit. Les résultats n’étaient pas là ces dernières semaines, mais il y avait quand même du jeu, et là, on a gagné (contre Le Havre AC, 2-0) ça nous fait du bien. Mais il nous reste encore un chemin très, très long.
À quel moment t’es-tu décidé de rejoindre Nantes ? Qu’est-ce qui t’a poussé à quitter la Grèce ?
En Grèce, l’équipe, elle marche super bien, il y a des joueurs, des talents, et ça marche très, très bien. Donc le coach, il avait déjà son effectif en tête. J’ai fait quelques matchs, quelques rentrées, mais… C’était soit je continuais comme ça et je restais un peu au soleil en étant dans le groupe mais sans me prendre la tête. Si je joue, bien, tant mieux, si je ne joue pas, on gagne, donc c’est bien aussi…
Mais j’aime trop le jeu. J’aime le football, j’aime jouer, et là, je voulais quand même un beau challenge et Nantes est venu à moi, donc je n’ai pas hésité. Quand je donne mon accord, je tiens toujours parole. Je donnerais tout pour que le FC Nantes puisse se maintenir.
En restant sur la Grèce, peux-tu nous donner des nouvelles de Yusuf Yazici ? Comment va-t-il ?
Aaaaah Yusuf (il sourit). Il va très, très bien. On s’envoie des messages de temps en temps, notamment lorsque l’on marque. Il l’a fait après Marseille. Là, il a encore marqué tout récemment d’ailleurs, après être rentré. On est toujours en contact.
Quand je suis arrivé à l’Olympiakos, il m’a parlé un peu de tout. C’est lui qui m’a un peu mis à l’aise. Après, je me suis adapté. Je sais très bien m’adapté, mais il va très bien et en plus il marque dès qu’il joue. C’est encore un très, très bon joueur. Je l’aime énormément.
Vous avez regardé quelques matchs de Lille ensemble ?
On n’a pas eu l’occasion de le faire. Je les regarde personnellement tout le temps parce que je suis toujours en contact avec les Lillois. On est toujours actifs entre nous. Je ne les lâche pas.
Son départ du LOSC
À quel moment t’es-tu décidé à quitter le LOSC ? Tu as été le premier à annoncer ton départ à l’époque.
J’ai fait ma première année (35 matchs, 7 buts, 11 passes décisives). Je pense que c’est une des meilleures de ma carrière. Tout allait parfaitement bien. Le club m’avait super bien accueilli, les supporters aussi et j’ai pu le rendre sur le terrain. C’est l’une des plus belles saisons que j’ai pu faire sur le plan individuel. Et puis, même le groupe, c’est le meilleur jeu que j’ai joué dans ma carrière.
J’ai ensuite eu une deuxième année assez compliquée, à cause d’évènements survenus dans ma vie privée. Ce qui se passe dans ma vie se reflète sur le foot et ça a été dur à gérer pour moi. C’était compliqué, mais j’ai donné le maximum.
Puis la troisième année, on a débuté très tôt la saison avec les barrages. Ça a été difficile, mais on s’est qualifié. Et quand il y a eu le tirage (de la phase de ligue, ndlr), je me suis dit, pourquoi pas finir en France sur une bonne note, sur un beau parcours en Ligue des Champions. J’avais donné mon cœur au LOSC, qui me l’avait rendu, et je voulais terminer sur une belle image.
Dans ma tête, j’avais donc déjà un peu pensé comme ça au début. Et après, au fil de la saison, on a avancé. La Ligue des Champions, tout s’est très bien passé. J’ai kiffé et je me suis dit que finir comme ça, cela pouvait être magnifique. C’est incroyable ce que l’on a fait en Ligue des Champions, et en championnat aussi d’ailleurs. Ce qu’on a réussi à faire, c’est énorme.
Et après, Lille, je pense qu’ils ont senti que j’avais peut-être la tête à partir. Ils ne sont pas venus vers moi. Peut-être parce qu’ils ont pensé que je voulais déjà partir. Je pense que si je leur avais demandé une année ou deux années de plus, on aurait pu discuter des conditions. Mais je ne leur ai pas ouvert la porte moi-même, donc c’était compliqué.
Et après, l’Olympiakos est un club qui me voulait depuis des années. Ils étaient champions en Grèce, venaient de gagner la Coupe. Il y avait la Ligue des Champions aussi. Il y avait tout ce qu’il fallait. Même le contrat, c’était un beau contrat. Il y avait tout qui correspondait et je voulais me faire un petit dernier kiff à l’étranger.
Je pense que la mission est réussie. Tout le monde garde un très bon souvenir de ton passage.
J’espère, j’espère vraiment. J’ai en tout cas essayé de tout leur donner jusqu’à la fin. Même si c’était parfois un peu compliqué. J’ai donné tout ce que j’avais et ils me l’ont bien rendu. Je n’ai que de l’amour pour les supporters lillois. Ces trois ans à Lille font partie des plus belles parties de ma carrière.
Après avoir donné tout ça, comment est-ce que tu te projetais sur ce match entre Lille et Nantes ? Est-ce que c’était un rendez-vous particulier pour toi ?
Bien sûr. Déjà, c’est très récent. C’est l’année dernière. L’Olympiakos, c’était le début de saison et Lille, c’était l’année dernière. Quand on se qualifie pour les huitièmes de finale… C’est là, c’est frais, c’est l’année dernière. J’ai encore tout ça en tête. Pour moi, c’est très récent.
Je connais pratiquement tous les gens dans le club. Je les aime énormément, que ce soit les salariés, le staff, les kinés, l’intendant, les cuistots. J’ai vraiment hâte de tous les revoir. Ils sont toujours dans mon cœur.
Revoir les joueurs aussi, même si je suis encore en contact avec eux. Le stade aussi, qui fait partie de mon histoire, notre histoire. C’est vraiment spécial… surtout qu’avec Nantes, on a besoin de points. Ça va être un match de haut niveau. On va venir pour le gagner. Pendant 90 minutes, je serai Nantais à 100 %.
Comment vois-tu cette équipe de Lille, un peu en difficulté en ce moment ?
J’ai vu ça. Je regarde les matchs, je discute et ça me fait chier parce que j’ai envie qu’ils repartent. Mais malgré tout, ils sont quand même là et il ne faut pas l’oublier. Je sais qu’ils vont finir par se rattraper. Ils ont des blessés aussi… Mais ils ont gagné le match à Angers et je sais que ça leur a fait du bien. Ça va leur remonter le moral. Mais nous aussi. On est sur une victoire chacun pour l’instant.
Je leur souhaite de se qualifier demain (jeudi contre l’Etoile Rouge de Belgrade en Ligue Europa) et bonne chance pour dimanche. On va venir essayer de prendre des points. On va tous venir avec les crocs. C’est le football, c’est comme ça. On quitte des clubs, une famille et des amis… Mais on ne le sera plus. On n’est plus ami pendant 90 minutes. Mais pendant 90 minutes, chacun joue pour son club et pour ses couleurs. Ce n’est qu’à la fin du match qu’on redevient des proches.
L’expérience des blessures
Tu as parlé des blessés. C’est un sujet sur lequel j’aimerais revenir. Tu as connu 2 très grosses blessures aux ligaments. Tiago Santos traverse une période difficile avec un pépin similaire. Comment est-ce que tu traverses ce genre de choses ? Comment est-ce que tu le vois rebondir ?
On en a beaucoup parlé avec Tiago (Santos) et c’est normal qu’une telle blessure lui ait fait autant de mal (à la tête). Il avait un niveau sur le terrain qui était tellement exceptionnel. Il faisait déjà partie, pour moi, des meilleurs latéraux en Europe.
Cette blessure l’a coupé dans son élan et il ne s’y attendait logiquement pas. C’est normal, dans ce genre de situations, qu’il se pose des questions. Il faut le mettre en confiance et je sais qu’avec ses qualités, ça va le faire. Dans ce genre de situations, il faut aussi savoir dire la vérité et ne pas vendre du rêve. Il faut savoir que quand tu reviens des croisés, il y aura toujours une période un peu compliquée que ce soit physiquement ou techniquement.
C’est toujours un peu difficile, mais il faut savoir remonter. Ce sont des choses qu’il faut bien expliquer pour qu’il travaille et que ça se passe bien. Il est revenu cette année. Il revient petit à petit et il va retrouver son niveau. Je sais qu’il a les qualités. Pour moi, c’est un très bon joueur.
Est-ce que tu te rappelles comment tu avais géré ça, toi, à l’époque ?
C’et bête à dire, mais c’est le genre d’évènements qui te fait redescendre sur terre. Ça te pousse aussi à travailler sur toi-même, surtout psychologiquement. Je me souviens que j’avais la haine quand je voyais les autres s’entraîner. J’ai essayé d’en faire une détermination, d’en faire une force. J’ai réussi, avec le temps, à me dire que cette blessure n’était pas si négative, que j’avais peut-être perdu 8 à 10 mois, mais que je pouvais les rattraper et que je n’avais qu’à m’arracher pour le faire. C’est ce que j’avais fini par réussir à faire.
Pour la deuxième, c’était à Krasnodar. Là, c’est le fait qu’ils étaient venus me chercher et que je n’avais pas pu leur rendre cette confiance. Je n’avais qu’un objectif en tête : revenir pour pouvoir les aider à se qualifier pour la Ligue des Champions. Je l’avais fait. Beaucoup de choses se jouent vraiment dans la tête. Cette haine, elle peut se transformer en détermination et devenir une force.
Un leader différent
Tu es un joueur qui a connu beaucoup de clubs en France avec Marseille, Saint-Etienne, Montpellier, Nantes. Parmi tous ces clubs, où est-ce que tu classes ton expérience à Lille ?
J’ai connu le titre avec Montpellier (en 2012) et c’est évidemment pour moi un truc monstrueux. On a joué la Ligue des Champions là-bas. Mais si je prends le tout, c’est-à-dire ma vie personnelle, mon jeu et celui de l’équipe. Pour moi, Lille est au-dessus de tout. Ma première année, je n’avais jamais connu un tel jeu. L’état d’esprit de l’équipe aussi. Si je combine le tout, c’est sans doute la meilleure année de ma carrière. C’est aussi le fait que je sois trentenaire. J’étais jeune à Montpellier. Je n’étais pas un cadre. C’est vrai que Lille, ça fait partie de ma meilleure expérience en termes de tout.
Tu me parles de ton rôle de cadre à Lille. Comment est-ce que tu me le décrirais ? Quel était-il exactement ?
J’avais mon expérience internationale, et mon vécu avec Marseille, avec Saint-Etienne, avec Krasnodar, la Ligue des Champions, le titre avec Montpellier, Newcastle. J’avais quand même des bagages solides (rire). Je viens d’abord avec ça à Lille, où je m’adapte bien. Je commence à marquer et faire marquer, et je suis devenu un cadre. Mon rôle, c’était de faire la transition entre les jeunes et les moins jeunes.
Je suis quelqu’un qui aime rigoler et chambrer tout le monde. Dans le groupe, il y avait ce besoin de savoir connecter les générations, de faire des choses avec les jeunes et les anciens pour mettre tout le monde en confiance. J’estime avoir réussi à le faire.
Cette facilité à échanger, c’est quelque chose d’assez inné chez toi ? Tu as toujours eu cette capacité à pouvoir te mêler à tout le monde ?
Oui, j’ai toujours eu cette force-là, même s’il faut aussi que les gens acceptent mon personnage. Mais ça, je le vois rapidement. Si ça ne match pas, ce n’est pas grave et je change mon approche.
Je fais en sorte de conseiller un maximum, même si parfois, je crie sur le terrain (rire). C’est mon tempérament de faire le moins d’erreurs possibles, de réussir et de gagner, puis dans un vestiaire, d’être capable de détendre tout le monde. Je suis quelqu’un, de toute façon, qui profite au maximum de tout. Je profite du moment présent à 100 % et je ne fais pas les choses à moitié. Je fais tout à fond. Je me donne corps et âme dans tout ce que je fais.
Dans la vie, il faut rigoler parce qu’on ne sait pas de quoi demain est fait. On a la chance de faire du foot, ce qui est la plus belle de choses, d’être en bonne santé. Il faut savoir apprécier et savourer ce qu’on a.
Un lien unique avec Benjamin André
Est-ce que tu estimes que tu étais le genre de leader qui permettait de contrebalancer le rôle des leaders un peu plus durs ? Je pense à Benjamin André, qui devait être un peu plus sévère que toi dans le vestiaire.
Benjamin, c’est le capitaine, c’est le cadre. Benjamin, il fait tout, même sur le terrain, il sait tout faire. C’est un monstre.
Mais donc il y avait Benj’, qui avait une façon de faire qui est différente de la mienne. C’est un capitaine qui est obligé de garder son sérieux, sa stature. Moi, je compensais. J’avais des choses à dire et à faire différemment. C’est moi qui, souvent, faisais le relais, notamment avec les jeunes. Moi je pouvais rigoler. Benjamin, lui, il devait garder son sérieux. Même s’il rigole et sourit parfois hein (rire). On se complète très bien finalement. Je l’adore mon Benj’, c’est un monstre en tout, dans la vie de tous les jours et sur le terrain. On est complémentaire.
Est-ce qu’il y a aussi ce lien corse entre vous ? C’est quelque chose qui vous a fait matcher avec Benjamin André ?
Même s’il n’est pas né en Corse, c’est un corse. C’est tellement énorme. Mais on se voit, on se croise. J’ai vu sa famille pour Noël. Quand on est en Corse, on essaie de se voir et de passer un moment ensemble. Avec Benj’, j’ai accroché énormément, même avec sa famille. Il a un grand cœur. Il est énorme.
Benj’ est énorme en termes de tout et je suis content qu’il soit encore à ce niveau-là aujourd’hui. Si les gens pouvaient s’en rendre compte de partout… Pour moi, Benj’ avait toutes les qualités et toute la force pour avoir au moins une sélection avec l’équipe de France. Je trouve que l’on n’en a jamais suffisamment parlé, parce que tout ce qu’il fait… Les gens ne s’en rendent pas compte. Mais nous, sur le terrain, on le vit.
Garder ce niveau-là depuis des années… En plus, à Lille, où tu te bats toujours pour les plus hautes places du classement tous les ans, que tu joues en Europe. De toute façon, quand il n’est pas là, ça rend les choses plus compliquées. Même là, il devrait être en équipe de France. Il y a besoin de ce genre de joueurs et il a toutes les qualités pour l’intégrer. J’espère encore aujourd’hui qu’un jour on l’appellera (sourire). Il possède une très belle carrière. C’est un très, très grand joueur. Ce serait quand même une belle manière de clôturer sa carrière.
Vous étiez d’ailleurs souvent en duo, rien qu’aux entraînements ?
Je cherchais surtout toujours à le battre (rire). C’est ça qui était bien à Lille, c’est qu’il y avait beaucoup de jeux compétitifs et je faisais exprès de mettre la misère à tout le monde pour qu’ils veuillent me battre quand ils tombaient contre moi. Je savais que j’allais les battre après et c’est ça la compétition. C’était positif.
Moi, j’avais la haine de perdre. Et donc, je gagnais les ¾ du temps, presque tout le temps en fait (rire). Je leur mettais la misère et ils avaient la haine. Ils voulaient tous prendre leur revanche, tout le monde était compétiteur et c’est ça qui rendait les choses bien. La force qu’on avait à Lille, c’est que tout le monde était compétiteur sur le terrain. C’était énorme.
Tu aurais une anecdote spécifique sur ces séances d’entraînement ?
Les plus… Ceux qui avaient le plus facilement la haine quand je les battais, c’était Nabil (Bentaleb) et Aïssa (Mandi). C’est leur fierté algérienne qui parlait (rire). Quand je les battais, ils partaient. C’était marrant parce qu’ils étaient déjà pratiquement… Soit ils rentraient vite au vestiaire, ils n’avaient pas le temps, soit ils restaient sur le terrain parce qu’ils avaient besoin de faire des brésiliennes et de jouer ensemble, de toucher le ballon, simplement parce qu’ils avaient perdu.
Ce qui est certain, c’est que ça se donnait. Il faut le savoir. Il n’y avait pas de pitié. Tout le monde voulait tout gagner.
L’expérience de Paulo Fonseca
Si je dézoome sur ton expérience lilloise. Lorsque tu arrives, tu découvres Paulo Fonseca. Comment était-il ?
C’est le meilleur coach que j’ai eu. J’adore vraiment Bruno (Genesio) et tout le staff qui est à ses côtés. Mais avec (Paulo) Fonseca, j’ai appris des choses incroyables. C’était le meilleur pour moi, surtout tactiquement. Rien que les entraînements, tactiquement, il durait 1h40 (rire).
Je pense qu’avec lui, on aurait pu jouer en fermant les yeux. On travaillait tellement dans le jeu que l’ont savait tout. Paulo expliquait tout et on savait tous ce que l’on avait à faire. On pouvait donc fermer les yeux et ça jouait tout seul. Il suffisait d’être bon techniquement, à s’impliquer et tout son programme, on le récitait.
Avec Paulo, vous avez vécu beaucoup de choses. Est-ce que le match le plus marquant de votre expérience commune. Ce n’était pas le retour face à Aston Villa ?
Non, le match le plus marquant, pour moi. C’est celui à Rennes. Je rentre et je marque et on se saute tous dans les bras parce qu’il y a une histoire derrière ça (Paulo Fonseca avait exprimé son souhait de partir). Je ne sais pas si c’était sorti dans les journaux mais il y avait une petite histoire derrière tout ça et on le voit quand on marque, quand je marque, je saute dans les bras du coach, le coach courait aussi sur le terrain et ça c’est pour moi le match le plus marquant.
C’est là où on a vu que rien ne pouvait nous arriver. Ce groupe-là était dans une bulle et on allait à la guerre chacun pour tout le monde. Ce qu’on avait fait ce jour-là. Tout ce que l’on avait donné, ça l’avait touché. L’émotion de tout le monde, on ne voulait pas le lâcher, elle s’est vue ce jour-là.
Rennes, c’est un stade dans lequel vous avez vécu de bons souvenirs. Je pense notamment au retour de Nabil (Bentaleb).
Je n’étais pas présent, mais quand Nabil revient et marque, c’est incroyable. Après, il a ce tempérament. Il avait cette envie de jouer, cette envie de se battre. Ce qu’il a fait, c’est exceptionnel. Je suis vraiment très heureux pour lui. C’est un vrai joueur de football, un joueur que j’adore.
Avec Paulo Fonseca, vous avez atteint les quarts de finale d’une compétition européenne, ce qui n’avait jamais été réalisé au LOSC. Que gardes-tu de cette épopée ?
A l’époque, on jouait sans doute l’un des meilleurs footballs d’Europe. Avoir perdu lors de la séance des penalties contre Aston Villa, c’est dommage. Après, on allait jouer contre l’Olympiakos en plus… Et c’est eux qui gagnent la compétition. C’était énorme comme compétition, parce que l’on a joué sur des terrains, dans des stades, loin de tout. Mais Aston Villa, cela restait une très grosse équipe. Mais c’est dommage de s’être arrêté là. Je pense que si on passe là, on va au bout. J’aurais quand même aimé gagner un titre avec le LOSC et celui-là, ça aurait été bien.
On a vécu la Ligue des Champions, des résultats historiques, le seul club à atteindre le Top 8, mais quand même… C’était énorme ce que l’on avait fait.
Ayyoub Bouaddi et les individualités du vestiaire lillois
Cette compétition a permis à certains jeunes de grandir. Je pense à un certain Ayyoub Bouaddi. Comment est-ce que tu l’as vu arriver, à 16 ans ?
Il avait 16 ans en Ligue Europa… Il fête ses 17 ans contre le Real… J’ai suivi son parcours de A à Z. Humainement et footballistiquement, c’est quelqu’un que j’adore. Il a la tête sur les épaules. C’est quelqu’un qui est droit, qui sourit tout le temps.
Il n’a pas de mauvais gestes, de mauvaises paroles, il a tout pour lui. Je sais qu’il est bien entouré par sa famille et je ne le souhaite que du bonheur. Je le vois faire une grande carrière, parce qu’il le mérite. Il faut qu’il continue de progresser, de travailler. Il goûtera au niveau international et il jouera dans de très grands clubs dans le futur.
Tu avais été étonné à l’époque qu’un jeune de son âge arrive à se faire place comme ça ?
Non, je ne suis plus étonné moi (rire). J’ai connu Boubacar Kamara, Wesley Fofana, William Saliba, Leny Yoro… Ayyoub, ce n’est qu’un de plus. Je ne suis plus étonné. Les jeunes sont un peu plus matures qu’avant, même si certains plus que d’autres. Je ne suis plus choqué maintenant.
Quand tu as le niveau et que tu es bien entouré… A Lille, par exemple, il est très bien géré. Il y a le talent, le niveau du joueur, et aussi la gestion autour. Comme disait Kylian, on ne parle pas d’âge.
Y-a-t-il un joueur, parmi tous ceux que tu as croisés qui t’as impressionné ?
Je mets Benjamin (André) en numéro 1, sans aucun doute. Tu le mets en numéro 1, au-dessus du numéro 1. Mais après, pour les autres même si tout le monde m’a impressionné, y en a deux qui avaient un niveau exceptionnel. Il y a Edon Zhegrova. Son niveau, heureusement qu’il était là. Il n’est pas là lors de la deuxième partie de la saison, mais s’il n’est pas là les six premiers mois, je ne pense pas que l’on se qualifie. Il a été tellement important pour nous. C’était l’un des meilleurs avec Angel Gomes, qui est un footballeur que je kiffe. Il a un touché de balle qui était exceptionnel. Il ne faut pas que les gens gardent uniquement en tête sa deuxième partie de saison. J’ai kiffé jouer avec lui. Avec Edon, c’étaient les meilleurs.
Je vais aussi retenir Ayyoub, Jona’ qui nous a marqué un paquet de buts. Bafo’ et Alex’ était énormes aussi. Tiago je n’en parle pas. Isma’… Lucas, heureusement qu’on l’a eu aussi. C’était l’un des meilleurs en Europe. J’en oublie, je le sais, tu citeras toute l’équipe pour moi. Il y avait Aïssa aussi, Hakon, Osame qui était arrivé. Je m’entendais super bien avec Jo’ Bamba la première année… Cite tout le monde pour moi s’il te plaît (rire).
Une dernière saison en Ligue des Champions
Ta dernière saison, elle avait débuté super tôt avec les barrages…
Ah oui, oui… C’est aussi pour ça que cette saison était exceptionnelle. Quand on voit où on la commence, ce que l’on fait pendant et où on la termine, c’était vraiment dingue. Ce n’était pas facile les barrages. Le Slavia Prague… C’était chauuud. Mais on n’a rien lâché. On a été la chercher cette qualification à l’époque. C’était ça le haut niveau et, avoir eu la chance de terminer là-dessus, pour moi, c’est vraiment quelque chose de beau.
Je pense que l’on méritait mieux en huitièmes de finale. On aurait mérité de se qualifier (en quarts)… Mais bon, c’est comme ça. Certaines équipes ont l’expérience, les grands joueurs qui font la différence. On aurait, je pense vraiment, mérité mieux et c’est dommage d’avoir ce petit regret là sur notre aventure. On avait vraiment un groupe de petits microbes qui méritait.
Mais je reste très fier de mon passage à Lille et de tout ce que j’y ai vécu. Je leur dois énormément parce que je revenais de Russie avec un passage à Montpellier. Je remercie vraiment, de tout cœur, tous les gens qui j’ai pu croiser à Lille. Je leur dois énormément. Je suis fier de vous avoir connu et d’avoir pu donner tout ce que je pouvais sur le terrain, d’avoir pu faire partie de l’histoire de ce club.
Quand tu te remémores ce match contre Dortmund. Vous menez d’un but. Pourquoi ça tourne mal selon toi ?
Ça a mal tourné, mais ce n’est pas de notre faute. On mène d’un but à la mi-temps et, après, il y a ce penalty qui n’existe pas. Thomas (Meunier) ne le touche pas. Pour moi, il n’y a pas faute et s’il n’y pas ce penalty, pour moi on l’emporte, on passe et on se qualifie. Et après, ils marquent un second but qui est un très beau but. C’est comme ça. Les grandes équipes, l’expérience du haut niveau, c’est aussi ça qui a fait la différence ce jour-là. Mais je pense que s’il n’y a pas ce penalty, on se qualifie. C’est ça qui change tout.
Le Real Madrid, inoubliable
Quel souvenir gardes-tu de cette campagne de Ligue des Champions ? Si tu ne devais n’en citer qu’un.
La victoire contre le Real (1-0), évidemment. On s’était vraiment mis dans notre bulle parce que ce match, on ne l’avait pas vraiment préparé. On avait joué le week-end et on n’avait pas eu le temps de le préparer au cours de la semaine. Je pense que c’est d’ailleurs ça qui avait fait la différence. On était simplement fou. On avait un vrai bon groupe qui ne calculait pas. C’était le Real Madrid ou je ne sais pas qui, on prenait le match à 100 %. Cette victoire, l’intensité que l’on avait mise, notre rigueur tactique, rien ne pouvait nous arriver. On était tellement costaud. On n’avait pas fait d’erreur. C’était un match…
On marque ce peno et, franchement, il faut savoir le mettre. Jona’ (David) a eu la lucidité. Après, on était tellement dedans que l’on n’avait même pas réalisé. C’est quand on a vu tous les gens, leur joie, quand on a vu que tous les médias en parlaient. Là, on s’est rendu compte que c’était fort ce que l’on avait fait. On a battu le Real et on nous parlait que de ça tout le temps, partout où l’on allait. Les gens le savaient, tout le monde le savait. C’est là qu’on s’est rendu compte que c’était énorme. C’est l’un des plus beaux moments dans tout ce qu’on a vécu ensemble.
Estimes-tu que c’est l’une des plus belles victoires de ta carrière ?
Ah oui, je pense oui. On a quand même battu la meilleure équipe de football du monde entier. Tu les bats dans sa compétition fétiche, dans laquelle ils n’avaient plus perdu depuis… On a vécu ça, en plus, dans notre stade avec nos supporters. C’était vraiment magnifique. Ce match, c’était tout un club. On était tous concentré. C’est là où j’ai vécu le très, très haut niveau.
Et Feyenoord, tu t’en souviens ?
Ce match, on avait été monstrueux, des machines. Je me souviens encore de mon but et de l’émotion. On ne contrôlait plus rien. Je me jetais par terre et tout le monde s’était jeté sur moi. On finit septième grâce à tout ça. C’était énorme. Quand tu vois toutes les équipes qu’il y avait. Aucun club français ne l’a fait. Nous, on l’a fait.
De toute façon, pour moi, Lille, c’est la plus belle expérience de toute ma carrière. J’ai la chance d’avoir eu de très belles expériences, en France comme à l’étranger, mais Lille coche absolument toutes les cases.






