Publié le 8 mars 2024 à 14:01

Crédit Photo : Le Petit Lillois

Par - Catégories : Football, LOSC-

Alors qu’il n’avait plus gagné à l’extérieur depuis novembre (hormis face au Racing CFF en Coupe de France), le LOSC a enchaîné deux succès consécutifs loin de ses bases (Reims et au SK Sturm Graz). Deux victoires marquées du sceau de Paulo Fonseca et de son staff, qui ont mis en place une nouvelle animation particulièrement efficace. Tentative de décryptage.

« J’ai proposé aux joueurs un abordage tactique différent et tactiquement les joueurs ont fait un match parfait », « on a bien préparé ce match » : quatre jours séparent ces deux déclarations, survenues respectivement après les matchs à Reims et à Graz, mais elles témoignent de l’efficacité du choix effectué par Paulo Fonseca. Habitué du 4-2-3-1 en phase défensive, l’entraîneur lillois a ainsi troqué son système pour un 4-3-3 très axial sans ballon aux rôles bien définis.

Des rôles précis, un quadrillage optimal

A Reims comme en Autriche, Hakon Haraldsson et Edon Zhegrova devaient, chacun de leur côté, se tenir à distance d’intervention des deux défenseurs centraux adverses tout en empêchant la passe sans relais d’un des milieux vers son latéral. Ce milieu de terrain était surveillé de près par Jonathan David, qui n’a eu de cesse de pousser ses vis-à-vis à jouer vers l’arrière, tandis qu’Angel Gomes et Benjamin André, placés aux deux extrémités du milieu à trois, étaient chargés de sortir sur les latéraux à chaque fois que l’un d’eux était trouvé. Un système bien rodé qui a totalement mis en échec le Stade de Reims, le club champenois ne s’étant procuré aucune occasion nette et ayant terminé la rencontre avec son plus faible total d’Expected Goals depuis le début de la saison malgré une possession supérieure aux Lillois.

Animation défensive face au Stade de Reims (02/03/2024) – via sharemytactics.com

Le Stade de Reims aura tout de même tenté certaines variations dans sa première relance, faisant notamment décrocher Teddy Teuma, en vain face à l’application des joueurs lillois dans l’occupation des zones, empêchant de ce fait l’équipe de Will Still d’avancer dans le camp lillois avec un bloc médian mais parfaitement coordonné, regroupé sur 25 mètres de longueur. Il s’agit là d’un choix d’autant plus payant quand on connaît la force rémoise, capable de créer de nombreuses situations dans les couloirs après avoir fixé à l’intérieur ou en attaquant la profondeur. Ces situations ont justement été rendues plus complexes à réaliser par le cadrage permanent des porteurs du ballon.

Quelques jours plus tard et alors qu’il avait prévenu que le SK Sturm Graz avait un style de jeu similaire aux Rémois, Paulo Fonseca a opté pour la même formule, remplaçant seulement les hommes avec les titularisations d’Ayyoub Bouaddi, Ismaily et Alexsandro en lieu et place de Nabil Bentaleb, Gabriel Gudmundsson et Bafodé Diakité. Des hommes différents mais une animation quasiment identique. Cette fois-ci, c’est André qui s’est positionné dans l’axe et Bouaddi côté droit, pour un résultat très similaire. En effet, pendant près d’une heure, les Dogues vont acculer les Autrichiens dans leur camp, empêchant toute avancée hors de leur partie de terrain et forçant les ballons longs. Une aubaine pour Alexsandro, Leny Yoro et Benjamin André, qui ont été souverains dans les airs.

Le profil différent de Bafodé Diakité pour la construction et les phases d’attaque

Dans le jeu avec ballon, si l’animation n’a pas foncièrement changé, elle s’est aussi adaptée aux spécificités de l’adversaire. Face à Reims, en alignant Bafodé Diakité défenseur central axe droit (contrairement aux dernières fois où il avait associé Yoro et Diakité), Paulo Fonseca a utilisé la grande force du joueur de 23 ans : sa capacité à défendre en avançant. Ainsi, on a retrouvé plusieurs fois le jeune lillois, de retour de blessure, dans les 25 derniers mètres rémois, alors même qu’il évoluait défenseur central. Une situation rendue possible par les décrochages de Nabil Bentaleb ou Benjamin André en défense centrale, associés aux montées de Tiago Santos, capable de partir de l’intérieur ou de l’extérieur pour déséquilibrer la défense adverse. Un positionnement à double utilité puisqu’il aura permis d’ajouter une solution en phase offensive tout en bloquant les transitions adverses.

Face à Sturm Graz, sans l’ancien Toulousain, la donne a été différente mais pas nécessairement moins convaincante. Aucun défenseur n’ayant son profil, ce sont davantage les milieux de terrain, voire Tiago Santos, qui ont géré ce rôle avec plus ou moins de réussite, les Autrichiens étant parvenus à avoir quelques transitions dans le couloir droit de la défense lilloise.

La complicité entre Haraldsson, Gomes et David

Positionné plus bas défensivement, Angel Gomes n’a néanmoins pas été limité offensivement, bien au contraire. Souvent entre les lignes, sa relation technique avec Hakon Haraldsson et Jonathan David a aussi été l’un des éléments forts de l’animation offensive lilloise. Dans une position moins libre que Zhegrova à l’opposé, Haraldsson a été un poison permanent pour son latéral, enchaînant les appels en profondeur à répétition comme face à Reims où il est proche de provoquer un carton rouge. Et s’il a été très peu servi, cela a permis d’ouvrir des espaces à Angel Gomes et Jonathan David qui n’en demandaient pas tant. Trois joueurs dont la qualité technique n’est plus à démontrer et qui ont su se positionner dans les bons espaces pour se trouver assez fréquemment, à l’image de plusieurs actions en Autriche ce jeudi. Les relais entre Haraldsson et Angel Gomes lui ont souvent permis de se retrouver en position favorable, avec la complicité d’Ismaily également, dont le positionnement à l’intérieur a créé le doute dans l’animation défensive autrichienne.

Animation offensive face au SK Sturm Graz (07/03/2024) – via sharemytactics.com

S’il n’est pas certain que cette animation soit amenée à durer, Paulo Fonseca ayant précisé qu’elle était davantage liée aux organisations similaires du Stade de Reims et du SK Sturm Graz que par une réelle volonté de continuité, elle aura permis de montrer toutes les capacités d’adaptation des joueurs et du staff lillois dans un football moderne où les variations tactiques sont de plus en plus nombreuses. A l’aube d’un sprint final qui s’annonce haletant, ce nouveau système et ses capacités pourraient s’avérer précieuses, et compter.

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