Publié le 28 janvier 2026 à 08:22

Romain Perraud LOSC

Crédit Photo : Le Petit Lillois / Quentin Delcourt

Par - Catégories : Football, LOSC-

Romain Perraud, élu « recrue de l’année 2025 » à l’occasion des Dogues Awards qui se sont déroulés en décembre dernier, s’est confié à notre micro, celui du média Le Petit Lillois, dans un entretien exclusif réalisé au début du mois de janvier.

Avec les départs simultanés, rappelez-vous, de Gabriel Gudmundsson, Ismaïly et Mitchel Bakker, le LOSC se retrouvait désœuvré au poste de latéral gauche cet été. Ses dirigeants se devaient de recruter une à deux individualités à ce poste. C’est ainsi que Romain Perraud, âgé de 28 ans, débarquait dans le Nord le 08 août 2025. Il quittait le Betis pour le LOSC à l’issue d’un transfert estimé à 3,5 millions d’euros.

Six mois plus tard, Romain Perraud, indiscutable sur le côté gauche de la défense lilloise, fait partie des éléments les plus utilisés par Bruno Genesio cette saison : 22 matchs (1687 minutes), 2 buts et 3 passes décisives. Le Toulousain de naissance, qui n’est pas le plus habitué des grandes sorties médiatiques, s’est confié sur ses premiers mois dans le Nord dans un entretien exclusif (qu’il est aussi possible de retrouver sur Youtube) accordé au média Le Petit Lillois. Mais ce n’est pas tout.

Son arrivée, son intégration, sa relation avec Tiago Santos, Bruno Genesio ou Matias Fernandez-Pardo, son coup de cœur pour la région et ses habitants, sa passion pour Eden Hazard, ses objectifs à Lille… Romain Perraud a été bavard. Ses confidences sont à lire ci-dessous. Bonne lecture.

Entretien exclusif avec Romain Perraud

Bonjour Romain, tu as été élu « recrue de l’année 2025 » sur le site Le Petit Lillois lors de la période des fêtes de fin d’année. Qu’en penses-tu et aurais-tu voté pour toi-même ?

Je ne sais pas, c’est une question compliquée (sourire). Déjà, je suis honoré. C’est une belle marque de confiance de la part des supporters. Ça me fait chaud au cœur.

Après, si j’avais eu l’occasion de voter, je ne sais pas (il paraît quelque peu embarrassé, ndlr). Je ne suis pas quelqu’un qui se concentre trop sur lui-même. Je suis plus un joueur tourné vers le collectif. Je ne suis pas très à l’aise avec ce genre de choses. Je préfère, en toute honnêteté, les titres collectifs aux distinctions individuelles.

En parlant des supporters lillois, quelle est ta relation avec eux, que tu découvres depuis six mois ? As-tu eu l’occasion d’échanger, de les croiser de temps en temps ?

Oui, bien sûr. J’ai déjà croisé des supporters un peu partout, que ce soit à l’aéroport quand on va en déplacement, que ce soit au stade à la maison, que ce soit quand je me balade avec ma femme et ma petite-fille.

Ce que je peux dire, c’est qu’il y a toujours eu de la bienveillance depuis que je suis arrivé. Ça m’a touché dès le premier jour. Je trouve qu’ici, les Lillois sont très respectueux. J’apprécie ça énormément. C’est toujours de bons échanges, ce qui fait que c’est plaisant de pouvoir discuter.

Description et remarques des lecteurs

Au moment des votes, il y a eu pas mal de commentaires sur les réseaux sociaux pour te décrire, vanter tes mérites ou juger que cette distinction aurait dû revenir à un autre joueur, exposer tes défauts ou tes qualités. J’en ai sélectionné quelques-uns. Je vais te les citer un à un, tu me diras ce que tu en penses et si cela te correspond bien.

Les premiers, qui se rejoignent, étaient « hargneux » et « battant ». As-tu l’impression que ce sont des termes qui te caractérisent ?

Oui, je pense que ce sont deux adjectifs qui me correspondent bien. C’est sûr que ça fait partie de mon jeu, de mon état d’esprit, de la façon dont j’ai été éduqué sur le terrain : ne jamais rien lâcher, toujours tout donner, tout donner pour le club dans lequel je suis, les couleurs que je porte. Ça fait partie aussi des caractéristiques de la région dont je suis originaire, le sud-ouest, Toulouse, et donc de mes valeurs.

C’est un état d’esprit que tu avais déjà très jeune ?

Mon père a été rugbyman professionnel et semi-professionnel. J’ai beaucoup de familles dans le rugby. Le combat, la grinta, c’est quelque chose que je connais. J’apprécie être dans ces caractéristiques quand je rentre sur le terrain.

L’autre terme, dans ceux que je peux qualifier de très positif, c’est la fiabilité. Être un joueur fiable, est-ce que c’est aussi quelque chose qui te caractérise ?

Ça me plaît d’entendre ça. Pour moi, c’est l’une des plus belles qualités qu’on peut entendre pour décrire un joueur. Un joueur fiable, c’est un joueur sur qui on peut compter. En tout cas, j’essaie de mettre tout en œuvre pour être ce joueur fiable et essayer d’être le plus régulier possible.

Après, forcément, il y a des moments où on a des matchs et des périodes plus compliquées. Mais c’est un travail au quotidien, c’est un travail de longue haleine, je dirais, pour pouvoir être performant et enchaîner les performances.

« Il y a, au club, des exemples sur lesquels je peux m’appuyer »

Qu’est-ce que tu fais au quotidien, justement, pour garder un niveau assez linéaire ? Est-ce que c’est dans ta vie personnelle ? Ou c’est plutôt que tu essayes d’être régulier aux entraînements, dans ton hygiène de vie ?

C’est un tout. C’est d’abord le travail à l’entraînement, que ce soit avec le staff technique, avec tout le monde, les joueurs, tout ça. Essayer de s’entraîner à 2000%, avec beaucoup d’intensité. Parce que si on s’entraîne bien la semaine, forcément, on a plus de chances de performer le week-end.

Et puis après, il y a le travail invisible aussi. Bien entendu, j’essaie d’avoir une bonne hygiène de vie, de bien dormir, de bien m’alimenter, toutes ces choses-là. Je pense que cela aussi, mes parents m’ont beaucoup répété que c’était hyper important. Je pense aussi au sommeil, toutes ces choses-là, pour pouvoir performer et essayer d’avoir une carrière qui dure.

En plus de ça, au club, il y a des joueurs qui ont de sacrées carrières. Il y a aussi des exemples sur qui je peux m’appuyer. Toutes ces choses font que j’essaie d’être le plus professionnel possible pour exercer le métier que j’aime, cette passion qui me suit depuis petit.

En parlant d’exemples, certains t’ont-ils déjà conseillé certaines choses spécifiques sur ce sujet ?

Non, mais ce qui est important, c’est qu’aujourd’hui, j’ai 28 ans, je suis sur mes 29, mais même à mon âge, j’essaie d’observer. J’essaie d’être une éponge, de regarder ce que font les plus anciens, même les plus jeunes, regarder tout le monde. Je pense que c’est important, et c’est pour moi une marque de respect de faire attention au comportement de ses partenaires.

Personnellement, j’ai des choses à la maison pour faire de la récupération, plein de choses, mais je pense que c’est surtout la compréhension de son métier. Je pense que c’est surtout ça qui est important, avec le fait de comprendre que notre corps, c’est notre outil de travail.

Un autre commentaire d’un supporter disait que tu attaquais plus que tu ne défendais pour un défenseur. Est-ce que tu es d’accord avec ça ?

Pas vraiment, non. Je pense que d’abord, mon rôle c’est d’être défenseur. J’essaie avant tout de fermer mon couloir. Par contre, je pense que parfois, je suis un peu emporté par ma générosité et j’ai toujours envie d’aider mes coéquipiers à attaquer. J’ai en tout cas l’envie, le besoin, d’offrir une solution. Ce qui m’intéresse, c’est de me rendre disponible pour le collectif. Après, j’ai évolué pendant beaucoup d’années au poste de milieu gauche, donc je pense qu’inconsciemment, je suis aussi attiré par les phases offensives.

Mais avant tout, j’essaye d’être un défenseur, de gagner des duels, de fermer mon couloir. C’est ce qui m’importe le plus dans un premier temps.

Dans cette même idée de joueur offensif, il y avait une remarque sur le nombre de centres que tu devais adresser à Olivier Giroud pour qu’il marque de la tête. D’après tes estimations, il en faut combien ?

Je ne sais pas, parce que je crois que je ne lui ai fait qu’une passe décisive cette année, et en plus, il a marqué du pied (rire). Je ne sais pas, je ne sais pas (dit-il alors qu’Olivier Giroud est en pleine séance vidéo dans la salle juste à côté, ndlr). C’est une bonne question, je ne pourrais pas dire.

L’attache Dogue

Et je termine par le Dogue. Beaucoup trouvent que tu as en toi l’esprit du Dogue, comme l’a Benjamin André. Qu’est-ce que ça représente pour toi ?

Franchement, quand je suis arrivé, c’est sûr que… Je sais que Lille est un grand club, un club qui compte énormément dans le football français, même dans le football européen.

Et en plus de ça, c’est vrai que je me suis beaucoup attaché à cette identité, celle du Dogue. En fait, quand on prend un peu ce que c’est un dogue, ses caractéristiques, je trouve que je m’y retrouve un petit peu. Et en plus de ça, le capitaine aussi, par le biais de son leadership, c’est un exemple.

Je me suis tout de suite très bien entendu avec lui. C’est quelqu’un qui donne le tempo, c’est quelqu’un qui met toujours toute l’intensité nécessaire. Moi, j’essaie de me retrouver en lui. Après, il y a encore du chemin, parce que c’est quelqu’un qui a marqué le club de son empreinte. Mais c’est un exemple, c’est sûr. Et puis, forcément, je suis attaché à ça (au Dogue, ndlr).

J’en profite pour rebondir sur Benjamin André. Comment est-ce que tu nous décrirais sa personnalité ? Parce que d’un point de vue extérieur, même quand tu le vois sur le terrain, il peut paraître bourru, parfois presque méchant. Comment est-ce que toi, tu me le décrirais ?

C’est un tel compétiteur que sur le terrain, je ne peux pas dire qu’il se transforme, mais souvent, on a deux personnalités différentes entre la personnalité qu’on a sur le terrain, ce qu’on dégage, et ce qu’on est en dehors. Et en dehors, il n’est pas du tout comme ça. C’est quelqu’un de très, très bien, qui intègre tous les nouveaux joueurs comme il se doit, qui est très à l’aise avec les joueurs, peu importe leur âge. C’est très facile avec lui.

La mayonnaise a pris rapidement avec lui, ça s’est fait naturellement. On s’entend très bien en dehors du terrain également. C’est une personne vraiment agréable et avec qui tu peux échanger, ce qui est toujours positif.

Avant de revenir sur ton intégration, ce sera la rubrique suivante, je voulais revenir sur les mots qu’avait eu Olivier Letang à ton arrivée en conférence de presse. Ce sont des choses sur lesquelles on n’avait pas vraiment rebondi.

Il avait beaucoup parlé du fait que vous aviez échangé déjà par le passé. Toi aussi, tu avais confirmé. Est-ce que tu peux nous dire à quel moment et quelles étaient les raisons ? Est-ce que ce genre d’antécédents t’avaient aidé pour faire ton choix ?

Bien sûr. C’était à l’époque où j’étais au Paris FC (2018). J’étais prêté par Nice au Paris FC. C’était une rencontre à Paris, dans un restaurant il me semble. On avait déjà échangé sur pas mal de choses à l’époque, lorsqu’il était à Rennes. Je sais qu’à ce moment-là, il voulait déjà me recruter. Mais bon, ça ne s’était finalement pas fait. Et puis moi, j’avais choisi l’option Brest parce que j’avais aussi eu le directeur sportif de Brest quand Rennes, ça s’était arrêté là.

Ce qui est sûr, c’est que quand il est revenu me parler cet été, ça ne m’a pas laissé… Comment je peux dire ça (indifférent, ndlr) ? Disons que j’avais beaucoup accroché la première fois, quelques années auparavant. Et là, le projet présenté, le projet de Lille ne m’a pas laissé insensible. J’ai aussi pris une décision assez rapide pour ça. Avec le président, on a toujours eu de bons échanges et on continue à en avoir. C’est une bonne chose.

Après six mois de vie commune, pas de regrets à ce niveau-là ?

Non, pas du tout (sourire).

« La grosse différence avec le LOSC, c’est le palmarès »

Tu étais quand même dans un beau club à l’étranger, le Betis, qui a une belle réputation en France et évidemment en Espagne. Est-ce que tu estimes que c’est un progrès d’aller ensuite à Lille ? Ou à tes yeux, ce sont des clubs qui se ressemblent ?

C’est différent. C’est sûr que le Betis, c’est un club qui a une énorme ferveur en Espagne. Il y a beaucoup de supporters partout. C’est un club qui, sur les dernières années, joue aussi les compétitions européennes. Ce sont des clubs similaires quand même, mais là où Lille se différencie, c’est quand même avec son palmarès qui est plus étoffé. Ça, c’est une réalité. Le LOSC est un club qui a fait aussi de grandes choses en Champions League, alors que le Betis n’a qu’une participation au début des années 2000 (2005-06).

Aujourd’hui, je dirais que ce sont des clubs équivalents. On joue d’ailleurs la même compétition européenne. Mais que Lille est quand même un club avec un plus gros palmarès.

En parlant de Ligue des Champions, tu la qualifiais de rêve dans un entretien en 2019, c’est encore le cas aujourd’hui je suppose ? La capacité du LOSC à la jouer plus facilement que le Betis a aussi influencé ton choix ?

C’est sûr que c’est un objectif. Aujourd’hui, j’aimerais bien faire une campagne de Ligue des Champions avec le LOSC. On va tout faire pour essayer de réaliser cet objectif. Je pense qu’on en a la capacité. Mais après, ça ne sera pas non plus une fin en soi.

Ce qui m’importe le plus, surtout, c’est d’être bien, de me sentir bien dans un club, au sein d’un groupe, être un bon coéquipier auprès de mes copains du vestiaire. Après, le reste, je pense que ça vient tout seul. C’est difficile parfois parce que les résultats, malheureusement, on ne peut pas tout contrôler. Ce que je peux contrôler, en tout cas, c’est être un bon coéquipier pour tout le monde et essayer de me donner à 200% pour les supporters et pour le club.

Eden Hazard et ses modèles

Tu as déjà évoqué dans le passé ton attache pour Eden Hazard. Est-ce que le fait qu’il ait joué aussi ici, ça t’a inspiré ?

Quand j’étais jeune, à l’âge de 11 ans, j’ai eu l’opportunité d’aller voir un peu par hasard un match de Chelsea avec mon père. Je suis devenu fan de Chelsea et, quand Eden est arrivé, c’est devenu une légende, donc forcément c’était un de mes joueurs favoris, même si on ne joue pas le même poste aujourd’hui.

C’est sûr que tous les matins, quand je passe devant le terrain d’Eden Hazard, ça me fait quelque chose. Je ne peux pas dire le contraire.

Quels sont les modèles desquels tu t’inspires aujourd’hui ?

J’ai beaucoup aimé regarder Marcelo, j’ai beaucoup aimé regarder Andrew Robertson à Liverpool. Aujourd’hui, j’estime que le meilleur latéral gauche, c’est Nuno Mendes. C’est un des exemples à suivre.

J’aime bien regarder ce qu’il se fait de mieux à mon poste parce que je pense qu’il n’y a pas d’âge pour progresser. Il n’y a pas d’âge pour apprendre.

L’intégration à Lille

Si je bifurque sur le chapitre sur ton intégration, tu nous parlais de ta famille tout à l’heure, de ta petite fille qui a fêté ses 1 ans il n’y a pas très longtemps. Comment est-ce que tu te sens dans la région, à Lille ?

Vraiment très bien. Ce que j’aime beaucoup ici, ce n’est pas une légende, je trouve que les gens sont très gentils, très bienveillants. Il y a une forme de politesse qui me rappelle mon sud-ouest. Je trouve même que c’est encore plus poussé ici et je trouve ça magnifique.

Après, tout s’est bien passé. Je sais que ma femme est heureuse, la petite est également heureuse. On est bien ici. C’est important de bien s’acclimater, d’être bien dans la ville où on habite. C’est le cas.

A l’époque de ton arrivée, tu disputes un match dès le lendemain contre West Ham (09/08), j’y étais. Comme tu l’as vécu ? Est-ce que tu avais l’impression d’être lancé dans un bourbier où tu n’étais pas encore prêt, tu ne connaissais personne ? Ou est-ce que c’était un peu marrant comme arrivé avec du recul ?

Je ne sais pas (sourire). C’est vrai que c’était assez drôle comme situation parce que j’étais au cœur d’une négociation entre le Betis et le LOSC 48 heures auparavant. Et après ça, tout va très vite. Je dois voyager rapidement…

En fait, j’ai eu une discussion avec le coach et son staff. Il m’a dit d’entrée qu’il aimerait bien que je joue le lendemain parce que je risquais de débuter contre Brest le premier match de championnat. Je ne me suis posé aucune question. Je me suis dit que c’était le meilleur moyen de bien s’acclimater, de bien s’intégrer, de montrer tout de suite à tes coéquipiers que tu es prêt à jouer pour eux, pour le club. Finalement, ça s’est bien passé. J’étais content de cette décision.

Aujourd’hui, tu m’as dit que tu te sentais bien dans le vestiaire. Est-ce que tu as un surnom particulier ? Est-ce que l’on t’appelle toujours l’Allemand ?

(Sourire) Ça s’était plutôt quand j’étais petit parce que je frappais beaucoup. Il y avait un rapport avec les frappes allemandes. Ici, il n’y a pas vraiment de surnom. Je pense que j’ai une bonne place (dans le vestiaire) parce que je me trouve un peu entre les deux, entre les plus jeunes et les plus anciens.

Je pense que je fais le lien. J’ai la sensation d’être bien avec tout le monde. Ça, ça me fait plaisir.

Justement : souvent à Lille, tu as des joueurs très jeunes (de 16 à 25 ans) et ensuite les plus expérimentés (les 30 ans et plus). Et toi, tu es arrivé et tu es entre deux. Tu es le seul dans ce cas avec Calvin (Verdonk) et Arnaud (Bodart). C’est un atout, tu trouves, d’être dans cet entre-deux ?

Oui, je pense que c’est une bonne chose parce qu’on peut se situer un peu entre tout le monde et partager des choses avec les anciens, mais également avec les plus jeunes. On a encore cette fougue des 20 ans, mais aussi on se rapproche des 30 ans. Donc, on a d’autres sujets à aborder avec les plus anciens.

Tiago Santos, Matias Fernandez-Pardo et Bruno Genesio

J’aimerais te parler de deux jeunes coéquipiers, spécifiquement. Le premier, c’est Tiago Santos, qui a le même poste que toi, mais de l’autre côté. Comment est-ce que tu le perçois, toi ?

Déjà, je trouve que c’est un joueur qui a des qualités exceptionnelles, pour commencer. Parce qu’il a une capacité d’élimination incroyable pour un latéral. Je trouve qu’il défend bien. Je trouve qu’il a une très bonne qualité technique. Donc, la première chose qu’il faut dire, c’est que c’est un joueur vraiment pétri de qualités.

Après, ça n’a pas été facile pour lui parce qu’il a eu une grosse blessure. Et quand on a une grosse blessure, parfois, ça doit prendre le temps nécessaire pour retrouver un niveau… Enfin, pour lui par exemple, je pense qu’il se dit « j’aimerais retrouver mon niveau que j’avais avant la blessure ». Mais ça peut entraîner des frustrations. Ça peut entraîner parfois des moments un peu de doute, un peu de réflexion.

Ce qui est bien, c’est qu’en plus, je peux échanger avec lui. Bon, il parle très bien français, mais en plus en espagnol maintenant. Il parle très bien anglais également, donc on parle beaucoup. Je pense que c’est un joueur qui va compter pour nous et je pense qu’il faut l’amener avec nous. Il va avoir du temps de jeu, et c’est à lui de faire en sorte d’être prêt pour la deuxième partie de saison. Parce qu’il y a encore beaucoup de matchs à jouer.

Le deuxième joueur, c’est Matias (Fernandez-Pardo), qui a joué plusieurs fois, enfin, beaucoup de fois, même sur ton côté. Comment est-ce que tu te sens avec lui sur le terrain, et comment est-ce que tu le vois en ce moment ? J’ai l’impression, personnellement, qu’il vit une période de creux. Comment est-ce que toi, tu vois ça ?

Pareil, je pense que c’est un joueur qui a beaucoup de qualités. On a la chance d’avoir effectif qui regorge de qualités. Ce n’est pas tous les ans la même chose. Après, c’est un jeune joueur, Matias.

C’est quelqu’un avec qui je m’entends très bien. J’essaie de beaucoup discuter avec lui, que ce soit sur le terrain, que ce soit en dehors, tout ça. Je pense qu’il a eu une période difficile.

Il a été malade. Il a eu une grosse grippe pendant un peu plus d’une semaine. Là, il revient. Il faut qu’il retrouve un peu toutes ses capacités. Mais pareil, je pense qu’il doit comprendre que c’est un joueur qui peut être vraiment important pour nous. Parce qu’il a des qualités et c’est un profil assez rare.

Il doit en avoir conscience. S’il revient bien sur la deuxième partie de saison, qu’il joue pour le collectif, s’il arrive à retrouver cette capacité à faire des différences, il va énormément nous aider.

Et tu trouves qu’en duo, tu matches bien avec lui au niveau qualité respective ? Vous êtes complémentaires ?

Moi, je pense que oui. Après, c’est le choix du coach. C’est difficile pour moi de parler de ça et de savoir si ça marche bien, si ça marche moins bien. Il n’y a que le coach et le staff qui peuvent décider.

Mais en tout cas, c’est un joueur qui a des qualités de vitesse. Moi, il faut que j’apprenne à jouer avec lui, ce qu’on est en train le faire. Il y a eu vraiment de bonnes séquences. Il y a toujours des moments où l’on peut progresser, mais je pense que c’est intéressant parce que l’on a des profils différents.

« C’est quelqu’un de gentil, de très ouvert, vraiment quelqu’un de bien »

Il y a Osame (Sahraoui) qui peut jouer. Il y a aussi Félix Correia. Les trois joueurs sont des profils totalement différents et c’est à moi aussi de m’adapter. Et par le biais de la communication, par le biais d’échanges, même en dehors du foot, on peut progresser sur plein d’aspects.

Tu parlais du coach. C’est un homme que tu connaissais par le nom. Après l’avoir découvert véritablement, comment est-ce que tu le décrierais ?

Le coach, honnêtement, je ne le connaissais pas avant. J’ai appris à le connaître cette année. Tout de suite, ça a bien matché. Humainement, c’est quelqu’un qui est vraiment… Dans un premier temps, j’ai envie de parler de l’homme parce que les valeurs humaines, c’est très important. Il faut le souligner, il faut le remarquer. C’est quelqu’un de gentil.

Et quand on est gentil, c’est une très bonne qualité. C’est la première des choses. C’est quelqu’un qui est ouvert. Tu peux parler avec lui tout le temps. Vraiment quelqu’un de bien. C’est par rapport à ça que pense que… Nos caractères ont bien matché.

Puis après, il y a tactiquement aussi. Si on parle de l’aspect football, c’est quelqu’un qui connaît son métier sur le bout des doigts, qui nous aide énormément à préparer les matchs. Tout est bien travaillé, tout est bien mis en place pour qu’on performe le week-end. C’est une belle découverte.

On m’a dit que si tu n’avais pas été footballeur, tu aurais pu être humoriste. Est-ce que tu as réussi à faire rire le coach, déjà ?

Je ne sais pas, il faudra lui demander (sourire). Ça, c’était un de mes métiers avant l’âge de 6 ans, je voulais être humoriste. Mais je pense (avec du recul, ndlr) que ça n’aurait pas été si fructueux que ça.

Pour quelles raisons ? Je ne sais pas. C’est un métier très difficile. J’ai déjà été voir un humoriste en one-man-show. C’est impressionnant de pouvoir tenir des spectacles et des shows comme ça pendant plus d’une heure.

Tu tiens des shows 90 minutes toi ? Oui, mais ce n’est pas pareil. C’est différent.

La saison 2025-2026

La dernière partie de notre entretien concerne la saison en cours. Quel bilan dresserais-tu de tes 6 premiers mois ?

Je préfère souvent faire des bilans à la fin de la saison. Après, sur les 6 premiers mois, je pense que je peux être fier de moi parce que je fais partie d’une équipe et d’un collectif qui a fait 32 points au bout d’une première partie de saison. C’est quand même plutôt bien. Il faut le souligner.

En Ligue Europa, il y a des choses que je pense qu’on pourrait améliorer. Mais on est toujours en course. C’était la déception de ce week-end contre Lyon parce qu’on est éliminés, dès les 16èmes de finale, de la Coupe de France.

Je pense que le bilan est malgré tout quand même bon et positif. Maintenant, il y a encore des choses à aller chercher. Je suis très engagé envers moi-même. Mais ce que je peux dire, c’est que je me sens bien ici, je me sens bien à Lille, et j’ai envie de continuer à performer.

La Coupe de France, élimination précoce

Je vais rebondir sur la Coupe de France. On t’a senti très touché après le match (LOSC – OL, 1-2), quand tu es venu en zone mixte. Je sentais vraiment de la déception forte. Est-ce que c’est un bon ressenti ? Est-ce que cet échec peut vous pousser à rebondir et à avoir plus faim sur d’autres compétitions ?

J’espère. C’est vrai que j’étais très touché. J’ai 28 ans, je vais faire 29 ans. Je n’ai jamais gagné de trophée collectif dans ma carrière. Je ne dis pas que la faim n’est plus là, loin de là, j’ai envie de jouer plein d’années. Mais on sait qu’un wagon, parfois, ne passe pas tout le temps deux fois. Je pense qu’il y avait quelque chose à faire.

En fait, j’avais été déçu aussi du match parce que je pense qu’on n’avait pas été suffisamment bons pour remporter ce match. C’est vrai qu’il y avait de la frustration et de la déception.

Est-ce que l’élimination du Paris Saint-Germain (par le Paris FC, 1-0) ajoute une pièce en plus ?

J’étais content pour le Paris FC, c’est vrai. Mais c’est sûr que le PSG faisait partie des favoris de cette compétition. Avec la défaite, peut-être que le tableau sera plus ouvert.

Ça peut rajouter un peu plus de frustration, mais quand on entame cette compétition, on est prêt à battre aussi le Paris Saint-Germain. Honnêtement, peu importe. C’est vrai que ça peut rajouter un petit peu de déception.

Souvenirs et progrès

Pour toujours rester sur les six derniers mois, quels sont pour toi les gros moments marquants de la saison ? Par exemple, je pensais au match à Rome avec Berke Özer qui arrête 3 tentatives de penalty. Comment tu as vécu ce moment et est-ce qu’il y en a d’autres dont tu te souviendras particulièrement ?

Oui, bien sûr. Je pense que forcément le match à Rome, c’est un des matchs avec le plus d’émotions vécues. C’est incroyable ce qu’il s’est passé quand j’y repense. Berke fait un match énorme. En plus, on est le premier club français à gagner au Stadio Olimpico contre la Roma. C’est assez dingue.

Après, il y a eu vraiment de beaux moments marquants. Je pense à la victoire à domicile contre Marseille. Pour les spectateurs, ce n’était pas forcément le match le plus spectaculaire. Ça, je le reconnais. Mais d’un point de vue tactique, d’un point de vue état d’esprit, d’un point de vue ambiance, j’ai trouvé que c’était un beau moment. En plus de ça, il me semble qu’à ce moment-là, on revient en hauteur de Marseille. Il y a eu la victoire au Havre aussi à 10 contre 11. C’était sympa.

Il y en a d’autres, mais là, je n’ai pas forcément en tête. Après, forcément aussi le 7-1 contre Lorient. Ce n’est pas anodin de marquer 7 buts dans un match de Ligue 1. Il y a plusieurs beaux moments qui sont passés, mais j’espère qu’il y en aura encore des plus beaux à vivre d’ici le mois de juin.

En parlant de Lorient, tu as marqué contre Lorient et contre Metz, deux matchs où il y avait quand même un festival de buts. Quand est-ce que tu vas marquer le but de la victoire ?

J’espère rapidement (sourire). Un but reste un but, mais c’est sûr que quand on marque dans des matchs où on a mis 7 ou 5, ça n’a pas la même saveur qu’un but victorieux. J’espère pouvoir marquer un but encore plus important d’ici les 4 ou 5 prochains mois.

Être plus décisif, c’est un des axes de progression pour toi encore à ton âge ?

Ce n’est pas quelque chose sur lequel je suis vraiment à cheval, même si bien entendu que les statistiques aujourd’hui comptent dans le foot.

C’est surtout ce que je peu donner pour mon équipe pendant 90 minutes, c’est surtout ça qui m’intéresse. Il y a des matchs sur lesquels j’ai été décisif et je n’ai pas vraiment aimé la prestation. Il y en a d’autres, c’est l’inverse ? C’est un petit peu contradictoire, mais oui, j’ai envie d’être décisif. Je pense aux buts, au passes décisives et aux clean-sheets aussi (sourire).

Tu as des points précis sur lesquels tu aimerais encore progresser aujourd’hui ? As-tu des exemples concrets ?

Oui, bien sûr. J’ai envie de progresser sur mon jeu de tête. J’ai encore envie de progresser sur un aspect défensif, la qualité de mes choix dans le dernier tier offensif… Il y a plein d’aspects sur lesquels on a toujours envie de progresser. J’ai envie d’avoir la meilleure version de moi-même sur les années à venir, parce que je pense que je rentre dans un âge où ces intéressants parce qu’il y a ce mélange entre expérience, connaissance de mon métier, de mon cœur, qui fait que cela peut être de belles années à venir.

Tu ne t’es jamais senti aussi fort qu’aujourd’hui ? Je ne peux pas dire ça non plus, parce que je pense que je peux encore progresser. C’est une chose à prendre en compte. Maintenant, j’ai la sensation que je suis arrivé au moment où je connais le mieux mon métier et où l’expérience que j’ai pu avoir dans mon parcours professionnel m’aide énormément au quotidien.

L’équipe de France

J’ai une dernière question, peut-être la plus difficile. Dans 6 mois, il y a la Coupe du monde. Est-ce que lorsque l’on est Romain Perraud, on pense aux Bleus à chaque rassemblement et encore plus à l’approche d’une grande compétition telle que celle-ci ?

En tout honnêteté, je ne peux pas dire que j’y pense. Moi, la chose à laquelle je pense, c’est gagner au moins un titre avec le LOSC. Je suis plus porté sur le collectif. Le LOSC est un club qui m’a tendu la main cet été et quand on me fait confiance, j’ai envie de rendre la pareille. Je suis beaucoup plus axé sur ça, sur un titre collectif et une belle saison collective. Le reste si ça doit venir, ça viendra, mais je ne peux pas dire que j’y pense tous les jours.

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