Publié le 3 février 2026 à 20:55

Crédit Photo : LOSC Médias
Avant que les portes du mercato hivernal 2026 ne se ferment, le LOSC a officialisé l’arrivé de Noah Edjouma, jeune attaquant du Toulouse FC. Portrait de la nouvelle recrue lilloise.
Ce n’était un secret pour personne : décimé par une série de blessures de longue durée, le LOSC n’avait d’autre choix que de se renforcer offensivement lors de cette fenêtre mercantile. Restant sur quatre défaites en Ligue 1, les Dogues souffraient d’un cruel manque d’inspiration et de créativité dans leur animation offensive. En quête de fraîcheur et de renouveau, les dirigeants lillois misent sur Noah Edjouma qui, ils l’espèrent, aidera à insuffler un vent de fraîcheur à leur collectif.
Né à Clamart le 4 octobre 2005, Noah Edjouma change rapidement de décor. Il suit ses parents dans le Tarn à seulement quatre ans, où il découvre le football un an plus tard sous les couleurs du Lavaur FC. D’abord recalé par les Violets, il rejoint le Toulouse FC en 2013, après un passage à Toulouse Fontaines. La moindre des choses que l’on puisse dire, c’est que le parcours de Noah Edjouma n’a pas été un long fleuve tranquille.
Victime d’une croissance tardive, il a été contraint de porter un corset, freinant nettement son évolution avec les Violets. Pour exister physiquement dans les rencontres, le TFC l’a régulièrement placé dans la catégorie inférieure au centre de formation, alors que les Violets ont pour habitude de surclasser leurs pitchouns.
Cette période a été commentée par le principal intéressé dans une entretien avec La Dépêche. « Ça n’a pas été toujours simple parce que ça n’a pas été tout droit. J’ai souvent eu des problèmes liés à la croissance, à mon physique aussi. Lors de mes années au centre de formation, j’ai été beaucoup blessé, c’était compliqué. J’étais parfois avec la catégorie d’âge en dessous de la mienne parce que j’étais un peu trop frêle. »
Dylan Henri, ancien éducateur du joueur s’est également épanché sur le sujet. « Physiquement, il accusait un retard de précocité donc il a toujours dû s’adapter et combler différemment, par sa vitesse de pied, son intelligence, sa lecture rapide du jeu. C’est ce qui lui a permis d’avoir un temps d’avance. »
Une trajectoire qui décolle
En attendant que le physique suive, le jeune joueur a continué de développer ses qualités techniques. Des habilités qui, avec le temps, lui ont permis de s’ériger comme l’un des piliers de sa génération. Né en 2005, Noah Edjouma évolue aux côtés de Guillaume Restes et Christian Mawissa au centre de formation. Une génération sacrée championne de France U17, en battant l’AC Ajaccio en finale.
Malgré cette période de turbulences, Noah Edjouma est resté l’un des piliers de cette équipe. Ilan, expert de la formation toulousaine nous explique. « Il était clairement l’un des meilleurs joueurs de sa génération. Il a toujours été vu comme un joueur de bon niveau, ayant le potentiel de passer professionnel. » Le suiveur des Pitchouns se souvient de cette saison 2021-22, au terme de laquelle Noah Edjouma et ses coéquipiers ont été sacrés champions de France. « Il était indiscutable, il a clairement été l’un des éléments majeurs de son équipe, pourtant beaucoup de beaux noms y figuraient : Restes, Mawissa, Methalie… »
Après cette période de turbulences qui a duré quelques années, l’offensif toulousain signe son premier contrat professionnel en 2023. Alors qu’il continue de peaufiner sa formation en National 2 lors de la saison 2023-24, championnat dans lequel il inscrit trois buts en 1309 minutes, il dispute, dans le même temps, ses premières minutes en professionnel le 7 janvier 2024 face à Chambéry en Coupe de France (3-0).
« Quand tu marques sur tes premières minutes en Ligue 1, tu ne peux pas rêver mieux »
Il aura fallu un an et d’excellentes performances en National 3 durant le début de saison 2024-25, durant lesquelles il « sera très largement au dessus du lot, s’illustrant comme l’un des meilleurs joueurs à chaque match » selon Ilan, pour que Noah Edjouma se révèle aux yeux du grand public et s’installe durablement dans le groupe professionnel occitan. Après des convocations récurrentes dans le groupe à la fin de l’année 2024, il parvient à disputer ses premières minutes en Ligue 1 face à Auxerre, le 9 février 2025. Pour ses débuts, l’attaquant débloque son compteur, synonyme d’égalisation dans les tous derniers instants de la partie. Un moment particulier pour le Pitchoun qui commente ce souvenir. « Quand tu marques sur tes premières minutes en Ligue 1, tu ne peux pas rêver mieux. Et je pense que ça m’a beaucoup aidé, ça m’a libéré aussi, ça m’a donné beaucoup de confiance. C’était incroyable. C’était sur un centre de Shavy (Babicka), qui ne m’était pas destiné à la base. C’était pour Frank (Magri), qui finalement l’a laissé. J’étais vraiment joyeux de le recevoir au bon moment, au bon endroit, comme on dit.. »
C’est le déclic et Noah Edjouma enchaîne les bouts de match, accumulant les minutes jusqu’à la fin de saison. Fetra, gérant de la page spécialisée Mon Ptit Tef, se souvient de son entrée face à l’AS Monaco. « Face à Monaco la saison dernière, il entre en jeu alors qu’on est menés et c’est lui qui prend les choses en main. Le supporter toulousain insiste sur son apport lors de cette rencontre. Il demandait le ballon dans les pieds avec caractère il allait provoquer la défense. Des dribbles, de la percussion, il avait marqué les esprits ce jour-là. »
Noah Edjouma vs Monaco
14' jouées. 🇲🇦🇨🇲🇫🇷 pic.twitter.com/uvppPAZUA7
— Packm 🔎•🎥 (@Packm34_) March 7, 2025
Dans cette entrée, Fetra voyait un point de bascule. « À ce moment-là j’ai vraiment cru qu’il allait prendre une nouvelle dimension, et qu’on avait notre nouveau crack du centre qui explose en professionnel. »
Gestion frustrante
Le gérant de Mon Ptit Tef enchaîne en se questionnant sur la gestion du prodige. « La saison dernière, en deuxième partie de saison, le coach s’entêtait avec Babicka alors qu’il enchaînait les mauvaises performances. Selon moi, il aurait mérité d’avoir plus de temps de jeu, d’autant plus que notre attaque allait vraiment mal. Durant cette période, je pense qu’il aurait mérité d’avoir plus de temps de jeu. Au moins d’être testé, » assure le fidèle des Violets.
Noah Edjouma sait soigner ses entrées, pour le meilleur comme pour le pire. Après avoir trouvé le chemin des filets dès ses débuts en Ligue 1, le jeune Toulousain a connu un coup d’arrêt brutal lors de sa première titularisation face à Nantes (0-0, 31e journée). Exclu suite à un geste mal maîtrisé, il a écopé de deux matchs de suspension. Resté sur le banc lors de l’ultime journée, c’est sur cette note contrastée que l’espoir du TFC boucle son premier exercice dans l’élite.
« Il n’a pas su dépasser ce cap »
Performant durant la préparation estival 2025, notamment face au FC Séville, Noah Edjouma ne parvient pas à dépasser le statut de « supersub ». « Il n’a pas su dépasser ce cap, celui de passer d’un joueur de rotation à un titulaire en puissance. » Une source d’interrogation pour les supporters du Téfécé. « Pendant longtemps, tout le public s’interrogeait : « Pourquoi il ne met pas Edjouma à droite ? ». À partir de là, et de cette sous-utilisation aux yeux de certains, des théories sont apparues. Certains pensent que le coach ne l’aime pas. D’autres disent que s’il ne le fait pas davantage jouer, c’est qu’il y a une raison. Nous on est pas à l’entraînement on sait pas ce qu’il se passe réellement. La vérité, c’est que je pense qu’il y a un peu des deux. »
Le 12 avril 2025, dans un entretien avec La Dépêche, Noah Edjouma avait commenté sa relation avec l’entraîneur espagnol. « Notre relation est très bonne. C’est un coach qui est très familial, qui aime beaucoup donner des conseils, surtout aux jeunes, car il a aussi travaillé au centre de formation du FC Barcelone. Je me sens vraiment bien dans ce collectif et surtout avec ce staff, » avait-il confié, évinçant toute source de conflit.
2025-26, la saison du lancement ?
Cette saison, Noah Edjouma a déjà disputé 319 minutes sous le maillot toulousain, soit près du double de la saison dernière (176). Un exercice qui a commencé sous les meilleurs auspices. « Il a débuté sa campagne par une titularisation à Nice, où il avait été très bon », avoue Fetra, pensant que le Pitchoun allait faire son trou. « Sur ce match-là, on avait nos deux dribbleurs sur les côtés : Gboho à gauche et Edjouma à droite. Honnêtement, à la fin du match je pensais que ça allait être notre attaque type pour la saison. Voir Noah (Edjouma) titulaire lors de la première journée, avec la saison galère qu’il a passée. C’était assez symbolique. »
« Avec de la confiance et du temps de jeu, il pourra devenir un vrai bon joueur »
Malheureusement pour lui et les fidèles du Stadium, son statut est resté inchangé, toujours cantonné à la rotation et aux bouts de match. Un début d’exercice commenté par Ilan. « Sur ce début de saison, c’était compliqué. Entre le fait qu’il n’était pas vraiment au niveau et sa relation avec le coach, qui pour moi est l’une des principales raisons de son faible temps de jeu, c’était pas facile. » Le supporter poursuit sur une note d’espoir pour les supporters lillois. « Ici, on reste sur un goût d’inachevé, d’autant plus que ses dernières sorties étaient bonnes. Avec de la confiance et du temps de jeu, il pourra devenir un vrai bon joueur, car le potentiel, il l’a. »
Un profil recherché
En quête de renforts offensifs après les blessures succesives d’Hamza Igamane, Osame Sahraoui et Ethan Mbappé, le LOSC a fait de Noah Edjouma, sa nouvelle arme offensive. Mais, est-ce que le profil de l’attaquant de 20 ans colle avec les attentes lilloises ?
« C’est un joueur instinctif, avoue le gérant de Mon Ptit Tef. Il est capable de gestes impressionnant, qui font souvent l’objet de vidéos du community manager du club lors des séances d’entraînement. On observe souvent des capsules en story qui illustrent Edjouma, auteur d’une frappe, d’un petit geste ou d’une passe cachée. »
Supporter du Téfécé, Rob nous en dit un peu plus sur les qualités du joueur. « Noah Edjouma est rapide et percutant, à lui seul, il peut redynamiser une attaque puisqu’à chacune de ses apparitions, il parvenait à redonner de la vitesse, de la variété à notre attaque qui s’éteignait au fil de la rencontre ».
« Je me questionne sur sa capacité à enchaîner les matchs de Ligue 1 »
Instinctif, percutant et capable de dynamiser une attaque, Noah Edjouma coche, à en écouter les supporters toulousains, bon nombre de cases du profil offensif recherché par les Dogues. Mais l’attaquant de 20 ans débarque au LOSC avec l’étiquette d’un jeune talent qui a encore tout à prouver. À ce stade de son développement, il semble prématuré de lui confier les clés de l’attaque lilloise ou d’en faire l’unique dépositaire de l’animation offensive des Dogues. S’il a le potentiel pour briller, il n’a pas encore l’étoffe pour porter seul le poids de l’équipe sur ses épaules, d’autant que son jeu comporte encore des zones d’ombre.
Si les qualités de Noah Edjouma semblent évidentes, des lacunes existent. « Je ne dirais pas qu’il y a des défauts en tant que tels mais plutôt des interrogations, avoue Fetra, dubitatif sur ses capacités physiques. Je me questionne sur sa capacité à enchaîner les matchs de Ligue 1 à haut niveau. Il ne l’a jamais vraiment fait car il n’en a pas eu l’occasion. Est-il armé athlétiquement ? Est-ce que physiquement il a le coffre pour tenir 90 minutes ? C’est une interrogation. »
Plutôt Alan Virginius ou Bafodé Diakité ?
Les Pitchnous et le LOSC, c’est une histoire qui se développe. Après avoir recruté Bafodé Diakité à l’été 2022, les Lillois se sont positionnés sur Dayann Methalie, en vain, lors du dernier mercato estival. Cet hiver, c’est sur Noah Edjouma que les Dogues ont jeté leur dévolu. Si certains évoquent un profil similaire à celui d’Alan Virginius à son arrivée, d’autres espèrent un destin à la Bafodé Diakité. Alors selon les supporters toulousains, plutôt Virginius ou Diakité ?
« J’ai vu cette comparaison, sourit notre principal interlocuteur. Pour être tout à fait honnête, je pense que notre Pitchoun a plus de garanties que quand Virginius est arrivé de Sochaux. » Pour le supporter, Noah Edjouma débarque avec un bagage plus conséquent que l’ancien lillois. « Quand il est arrivé au LOSC, Virginius était vu comme un réel crack. Pour moi, Edjouma a plus d’expérience, lui permettant de s’imposer plus rapidement à court terme. »
Prêt pour le LOSC ?
Le saut dans le vide est osé. En rejoignant le Nord, Noah Edjouma change radicalement de dimension, et une question revient en boucle : est-il vraiment prêt pour l’exigence lilloise ? Pour le gérant de la page Mon Ptit Tef, il faut être lucide : « Lille, c’est quand même un step au-dessus du TFC. » Le talent pur du joueur ne fait aucun doute; « il pue le foot », s’enthousiasme l’observateur, mais le haut niveau ne pardonne rien. Avec seulement 316 minutes de jeu au compteur cette saison, le manque de rythme est une réalité. « Les capacités techniques, ça ne suffit pas au haut niveau. Le nombre de talents qu’on a vu faire pschitt en Ligue 1, y’en a beaucoup. »
« Soit il va exploser, soit il finira en prêt au Red Star dans un an. »
Pourtant, le style de jeu du LOSC pourrait être le déclic idéal pour lui. Entouré de techniciens, Edjouma pourrait trouver des partenaires à sa mesure. « Il y a de beaux joueurs de ballon à Lille, je me dis qu’il peut nouer des relations techniques et combiner avec des joueurs comme Fernandez-Pardo ou Haraldsson. » À 6,5 millions d’euros, le pari semble calculé pour le club nordiste. « S’il se révèle au LOSC, on ne sera pas étonnés. Il peut valoir 20 millions dans un an, qui sait ? » Entre la frustration du banc toulousain et l’envie de prouver, la trajectoire d’Edjouma est désormais à double tranchant. Comme l’avait évoqué Fetra à ses amis ce lundi après-midi. « Soit il va exploser, soit il finira en prêt au Red Star dans un an. »
Un départ regretté par le Stadium
Au-delà des chiffres, ce transfert laisse un goût amer sur les bords de la Garonne. Voir partir un Pitchoun avant qu’il n’ait pu exploser sous le maillot violet est une vraie déception pour les supporters. « Cette fin au TFC, elle a un goût d’inachevé pour nous. En plus, c’est un Pitchoun, donc il y a un attachement particulier », confie Fetra.
Si la vente peut se comprendre d’un point de vue business ou sportif, le cœur des fans, lui, a du mal à passer à autre chose. « On n’est parfois pas trop lucides avec nos Pitchouns. Tout le monde aime les joueurs frissons, l’histoire aurait été belle de le voir réussir ici. » Les Toulousains vont maintenant suivre de près son évolution, partagés entre le regret de l’avoir perdu et l’espoir de le voir enfin confirmer tout son potentiel, même ailleurs.






