Publié le 10 janvier 2026 à 16:01

Crédit Photo : Le Petit Lillois / Victor Orgaer
Auteur de propos véhéments à l’encontre de l’arbitrage d’Éric Wattellier contre Rennes, Bruno Genesio s’est longuement expliqué une semaine plus tard, à l’approche d’un duel entre le LOSC et l’OL en Coupe de France.
La semaine écoulée a été particulière pour le LOSC, empêtré dans un tourbillon de polémiques entre les agissements de ses supporters en tribunes et ceux de ses dirigeants à l’encontre du corps arbitral. De retour devant les médias ce vendredi, une semaine après son craquage, Bruno Genesio s’est expliqué.
S’il ne change pas son fusil d’épaule, le carton rouge d’Alexsandro (13′) était plus que sévère, et qu’il amène des éléments pour appuyer ses propos, il regrette la façon dont il s’est emporté lors de la défaite concédée par ses hommes (0-2) contre Rennes. Il a également regretté la position des Bretons au coup de sifflet final.
Pouvez-vous nous expliquer pourquoi vous n’êtes pas venu en conférence de presse à l’issue de la défaite concédée contre le Stade Rennais (0-2) ?
Si je viens en conférence de presse, c’est pour répondre à toutes les questions. C’était un match très tendu. Il s’est passé des choses sur ou en dehors du terrain que l’on a tous condamnées. Je n’étais peut-être pas dans l’état psychologique de faire une conférence de presse comme j’aime les faire, c’est-à-dire en étant lucide et objectif. Surtout, je ne souhaitais pas aggraver mon cas. Je pense que j’aurais pu peut-être dire des choses qui allaient dépasser ma pensée sur le moment. J’ai donc préféré m’abstenir.
Je sais que pour vous (journalistes), ce n’est pas très respectueux, mais ce n’était pas dirigé contre vous. Simplement, je n’étais pas dans un état psychologique pour faire une bonne conférence de presse. Tout simplement.
Définir une occasion nette
Avec un peu de recul, regrettez-vous d’avoir laissé un peu passer le fil du match de votre côté, de vous être énervé ?
Vous savez, vous n’êtes jamais très fier de ce genre de comportement, même si à chaud, on peut avoir du mal à se contrôler. Mais lorsqu’on revoit les images, lorsqu’on se revoit, on n’est jamais très fier de ce genre de comportement.
Simplement, j’ai toujours l’habitude de dire ce que je pense et on ne me fera pas taire, je continue de croire que M. Wattellier aurait pu prendre un peu plus de temps avant de sortir le carton rouge. La loi 12 dit que le carton rouge est mérité en cas d’annihilation d’une occasion nette de but. […] Mais en considérant qu’Embolo récupère le ballon, ce qui n’était pas une certitude, il avait 3% de chances de marquer à l’endroit où il était. Est-ce que c’est une occasion nette de but ? On peut se poser la question, voilà.
Donc là, vous vous appuyez sur les XG pour dire si une occasion de but est nette ?
J’ai fait faire une étude. Pour moi, en direct, je pense que ce n’est pas une occasion nette, parce qu’on a encore deux joueurs derrière (Thomas Meunier et Nathan Ngoy), le gardien, plus une incertitude sur le fait qu’Embolo récupère le ballon ou pas, parce que le ballon est assez loin de lui. J’ai donc aussi fait une étude en me disant, dans l’éventualité où Berke (Özer) ne puisse pas intervenir, Nathan (Ngoy) ne puisse pas intervenir, Embolo a 3% de chances de marquer. C’est pour ça que je pense que prendre un peu plus de temps avec la VAR aurait été plus judicieux.
Maintenant, je ne vais pas non plus y passer la journée. Le match a été perdu. C’est comme ça. Ça fait partie du foot. De toute façon, il y a très peu de solidarité entre les entraîneurs, entre les clubs. Il faudrait peut-être que j’arrête de me battre contre des moulins à vent.
L’arbitrage, un combat ?
Pourtant Bruno (Genesio), vous savez que face à l’arbitrage, c’est très compliqué dans votre position d’avoir raison. On a l’impression que c’est un combat que vous menez avec le club, et que ça ne marche pas.
Moi, je n’appelle pas ça un combat, parce que les arbitres, les joueurs, les entraîneurs, les dirigeants, font partie des principaux acteurs d’un match de football. Je pense que pour tout le monde, il serait plutôt judicieux de pouvoir au moins se parler et entamer des échanges qui puissent faire avancer les choses.
Aujourd’hui, je n’ai pas les stats, mais je crois qu’on est déjà à quasiment la totalité des cartons rouges (55 sur 62) de toute l’année dernière. Si on compare avec l’Angleterre, qui n’est quand même pas le championnat le plus tranquille qui existe, c’est largement moins (0,10 par match, contre 0,34 en Ligue 1).
Il y a des erreurs. Il y en aura toujours des erreurs. Mais il y a quand même, je trouve, des cas où on pourrait faire mieux.
Est-ce que vous n’avez pas peur de devenir le bouc émissaire après tout ça ?
Franchement, je n’ai pas l’impression qu’on soit focalisé beaucoup plus sur l’arbitrage que d’autres clubs. Je n’ai pas cette impression-là, peut-être que je ne suis pas objectif. En tout cas, je n’espère pas, parce que ce serait alarmant.
La polémique au détriment du sportif
Malgré cette expulsion, Lille faisait un match très correct jusqu’à la pause. Pensez-vous que les évènements survenus à la pause aient sorti vos joueurs de leur match ?
Non, je ne pense pas. Parce que lorsqu’on regarde les deux buts qu’on encaisse, le premier est une contre-attaque qui aurait pu nous amener vers une occasion de but et le deuxième, c’est sur un corner joué à deux où on aurait pu aussi avoir une occasion nette. Et puis derrière, quelques petits manques de lucidité.
Mais lorsque vous jouez à 10 pendant déjà 45 minutes, et puis pendant une heure et quart à la fin du match, c’est toujours difficile de garder de la lucidité, à la fois défensivement et offensivement. Parce que je pense que l’on a eu la possibilité de revenir, que ce soit à 1 ou à 2-0. On n’a simplement pas toujours fait les meilleurs choix.
On a fait tellement d’efforts supplémentaires, contre une équipe forte en plus, que c’est encore plus difficile. Il nous a manqué un peu de lucidité, à la fois pour mieux faire offensivement, et puis pour avoir cette lucidité défensive, pour éviter de faire quelques petites erreurs de placement qu’on a payées cash.
Est-ce que dans la foulée du dernier match, vous avez pris une bonne résolution par rapport à votre attitude, à la gestion de ces faits de match ?
Je vous l’ai dit, je ne suis pas fier. Parfois, j’ai des excès. Mais je suis comme ça. Je l’ai vécu comme une injustice sur le moment. Je suis sorti de mes gonds. Je travaille là-dessus, même si je commence à être à un âge avancé, plus proche de la fin que du début et ça va peut-être être difficile de me corriger complètement.
Mais j’ai eu une très bonne relation avec M. Batta, avec qui j’ai parlé quasiment tout le match, qui a été top. Je ne suis pas un anti-arbitre. Je suis là pour faire avancer les choses, aussi pour le foot. C’est ça le plus important. Ce n’est pas ma personne.






