Publié le 10 juillet 2022 à 12:39

Crédit Photo : Le Petit Lillois
Annoncé comme le futur Olympique Lyonnais des années 2010, le LOSC n’a pas vraiment suivi la trajectoire qui lui était promise lors de son doublé. Obligé de vendre ses meilleurs joueurs chaque année, le club semble être dans une spirale infernale. En trois articles, Le Petit Lillois revient sur les origines de ces problèmes financiers.
Les périodes de mercato sont toujours stressantes pour les supporters lillois. Peu importe le projet, cette dernière décennie, le LOSC s’est régulièrement retrouvé obligé de vendre ses meilleurs joueurs pour pouvoir survivre économiquement. Mais d’où viennent ces difficultés ? Est-ce un puit sans fond, et le club nordiste sera-t-il toujours obligé de vendre ses meilleurs éléments ? Pour répondre à ces questions, il faut revenir en 2002, lors de l’arrivée de Michel Seydoux à la tête des Dogues.
Un ingénieux plan de structuration du club
Rappelez-vous : Vahid Halilodzic a mené un LOSC moribond vers la Ligue 1, puis vers les phases de poules de Ligue des Champions. Mais derrière cette réussite sportive, le club lillois n’est en réalité absolument pas structuré pour performer de manière durable au plus haut niveau. Son stade est vétuste ne respecte pas les normes de l’UEFA. Son centre de formation l’est tout autant, sans oublier son terrain d’entraînement, bien trop petit pour un club qui souhaite viser, à terme, le haut du classement. En bref, les performances lilloises en Ligue 1 sont en quelque sorte un cache-misère.
Michel Seydoux, sur le modèle de l’OL, avec qui il entretient des liens étroits (son frère Jérôme est alors membre de l’actionnariat lyonnais), souhaite pallier ce manque de structures. Pour faire du LOSC une place forte du football français, il va falloir se munir d’un centre de formation haut-de-gamme, d’un grand stade et d’une équipe compétitive. En bref, le chemin est encore long.
Pendant que Claude Puel s’attelle à faire progresser l’équipe première, les dirigeants nordistes entament des discussions pour l’agrandissement du stade Grimonprez-Jooris. En parallèle, Michel Seydoux missionne l’architecte Pierre-Louis Carlier pour trouver un terrain capable d’accueillir son centre de vie. Laissé à l’abandon, le château de Luchin, en ruine, et ses hectares de terrain dominés par les ronces convainquent les dirigeants d’y investir. Le terrain est racheté en 2003 et les travaux débutent en 2005. Le Domaine de Luchin ouvre deux ans plus tard.
De son côté, le projet d’agrandissement de Grimonprez-Jooris prend du retard. Les travaux ont pourtant commencé en août 2003, le projet est chiffré et semble en bonne voie. Mais des associations de défense du patrimoine saisissent la justice pour le faire annuler. En cause ? Le risque d’atteinte à la citadelle de Lille. En 2006, retour à la case départ : le LOSC est sans stade fixe. Au Stadium, les conditions d’accueil des supporters sont extrêmement rudimentaires. En hiver, le stade est extrêmement exposé aux vents. Il est impersonnel et ne permet pas à tous les spectateurs d’apercevoir convenablement le terrain.
Finalement, Pierre Mauroy, président de la MEL, décide de faire construire un grand stade de 50.000 places en périphérie de Lille, comme le souhaitait Michel Seydoux lors de son arrivée au club. En parallèle de cette structuration immobilière, le LOSC continue de surprendre en championnat. Bien que dans le ventre mou des budgets de Ligue 1, le club nordiste se qualifie régulièrement en Coupe d’Europe et réussi de belles plus-values sur le marché des transferts.
Le modèle lillois est unanimement loué par les observateurs, et à son arrivée en 2008, Rudi Garcia hérite d’une solide équipe et d’un budget transfert de plus en plus conséquent, qui lui permettra de mettre en place un jeu de qualité. Deux fois de suite qualifiés en Ligue Europa, les Dogues connaissent la consécration suprême en raflant le doublé coupe-championnat en 2011. Le « Barça du Nord » possède des joueurs observés par les plus grands clubs en Europe, développe le plus beau jeu de Ligue 1 et s’apprête à hériter d’un stade taillé pour la Ligue des Champions. Pour les observateurs, le LOSC a tous les ingrédients pour dominer le championnat dans les années 2010. Malheureusement pour les Dogues, tout ne va pas se passer comme prévu.
« Le football il a changé »
Jusqu’en 2010, le plan de Michel Seydoux se déroule à merveille. Mais ce que n’a pas prévu le président lillois, c’est un changement de contexte inattendu. D’abord, la crise de 2009 s’abat sur le monde, et les clubs français n’y coupent pas. Les droits TV du championnat ne grimpent pas, contrairement à ceux de ses concurrents. Deux premiers hics dans l’ambitieux projet lillois.
Pour faire véritablement passer un cap au LOSC, Michel Seydoux a conscience qu’il doit vendre le club une fois après avoir atteint les sommets en Ligue 1. En 2010, l’actionnaire majoritaire le reconnaît lui-même dans la presse hexagonale. Problème : les acheteurs ne se manifestent pas, et les seuls candidats ne sont pas viables aux yeux de Michel Seydoux.
Si le LOSC tarde à se faire racheter, ce n’est pas le cas du Paris Saint-Germain, passé sous pavillon Qatari après le titre lillois, puis de l’AS Monaco, racheté par un milliardaire russe un an plus tard. Très vite, on comprend que ces deux clubs vont truster les deux premières places du classement, n’en laissant plus qu’une seule qualificative pour la Ligue des Champions. Pourtant, le podium est quasi-vital dans les plans établis par les équipes dirigeantes du LOSC, qui doit bénéficier d’une rentrée d’argent importante pour combler son déficit structurel.
Le contexte a donc totalement changé, et pour continuer son ascension et rivaliser en Ligue 1, le LOSC doit être vendu. Les candidats ne se bousculent pas et ne satisfont de toute façon pas Michel Seydoux. Le président est obligé d’imiter ses confrères de l’OM et de l’OL, en entamant à son tour une politique d’austérité qui risque de casser les rêves de qualification européenne des supporters lillois.
L’arrivée de Rudi Garcia n’a qui plus est pas permis de prévenir ce virage vers une politique de réduction des coûts et donc de rajeunissement de l’effectif. L’ancien entraîneur manceau n’a que peu utilisé la formation, provoquant d’une part des départs successifs au sein de l’équipe réserve (Yanis Salibur et Junior Malanda en tête), mais aussi une moindre attractivité pour les jeunes des alentours, qui préfèrent aller voir ailleurs pour avoir une chance en équipe première.
Pire, l’emménagement au Grand-Stade n’a pas permis de réduire le déficit comme c’était espéré. Au contraire, le nouvel écrin du LOSC coûte cher au club lillois (difficile de l’estimer exactement mais le coût du stade pourrait dépasser les 10 millions d’euros). Beaucoup trop grand, il ne fait que peu le plein en Ligue 1, avec en moyenne un taux d’affluence de 71,5 %. La demande est moins forte qu’espérée et par effet boule de neige, le prix des billets baisse.
Le LOSC se retrouve dans une situation paradoxale : parfaitement structuré pour jouer le top 5 avec le domaine de Luchin et le Stade Pierre-Mauroy, n’a pourtant plus vraiment les moyens de ses ambitions, et doit s’obliger à sur-performer chaque année pour atteindre ses objectifs. Le club est entré dans un cercle vicieux : sans Ligue des Champions, il perd beaucoup d’argent, ce qui l’oblige à vendre et à affaiblir l’effectif… qui n’est plus taillé pour viser le top 3.
A l’époque, le club lillois a pourtant basé sa renommée récente sur sa capacité à établir un projet cohérent. Désormais, les cartes sont totalement rebattues, ce qui oblige les dirigeants à constamment s’adapter à la situation. Les projets et les entraîneurs se succèdent (quatre entre 2015 et 2017), provoquant parfois l’ire et l’incompréhension des supporters. A l’été 2015, le LOSC annonce mettre le cape sur une politique de jeunes. Un an plus tard, Benjamin Pavard et Sehrou Guirassy, deux des jeunes les plus prometteurs du groupe pro, sont poussés vers la sortie par Frédéric Antonetti… lui-même démis de ses fonctions quatre mois plus tard !
Le LOSC patiente pour sa vente et son leitmotiv semble être de limiter chaque saison la casse. Le club ne s’est pas préparé à ce changement drastique de train de vie. Les mercatos sont difficiles. Les erreurs de casting sont plus nombreuses qu’auparavant et aggravent la situation financière comme sportive des Dogues. Marvin Martin en est probablement le meilleur exemple. Recruté pour 12 millions d’euros sur demande de Rudi Garcia, l’international français touche 3,6 millions d’euros par an. Un échec industriel que le LOSC paiera les saisons suivantes. D’autres suivront, avec le recrutement de Baptiste Guillaume pour 4 millions d’euros ou celui de Younousse Sankharé pour un montant semblable.
Même la formation, qui en a pris un sacré coup avec le passage de Rudi Garcia, semble avant tout utilisée pour renflouer les caisses. Malgré tout, elle reste largement parmi les plus performantes de France, et la génération de Martin Terrier, Alexis Araujo et William Pau semble promise à un avenir radieux. La post-formation, elle aussi moins coûteuse, tourne également à plein régime : le LOSC enregistre régulièrement les arrivées de jeunes tout droit venus d’académies africaines, comme l’académie des Diambars, et les échecs se font rare. A chaque fois, ou presque, ces joueurs apporteront une réelle plus-value à l’équipe première.
Mais à la fin 2016, les supporters peuvent entrevoir la lumière au bout du tunnel. Gérard Lopez, investisseur hispano-luxembourgeois, arrive pour un projet très ambitieux, accompagné, excusez du peu, de Luis Campos, ancien du Real Madrid, en conseiller sportif, de Marc Ingla, ancien du Barça, aux manettes de l’administratif, et de Marcelo Bielsa. Le casting est alléchant, le rachat est enfin arrivé, et les problèmes semblent s’être éloignés. Il n’en sera rien.






