Publié le 27 mars 2020 à 00:00

Gérant de quatre établissements sur le parvis du stade Pierre Mauroy (le Village du Panini, le Temple, l’Atelier et le Bar Éphémère Lillois) et grand amoureux du LOSC, Johan Schrynemakers concilie parfaitement travail et passion. Pour le Petit Lillois, il se confie sur cette double-vie si particulière.
Que faisais-tu avant de créer Le Village du Panini et le
Temple ?
J’ai commencé à bosser très jeune dans des
boutiques de sport comme Foot Locker car j’ai arrêté l’école après
le lycée. Vers mes 17 ans, on m’a formé dans la famille à faire des
pizzas ainsi qu’aux rudiments du commerce. Trois ans plus tard,
avec mes parents, nous avons ouvert une pizzeria à emporter sur
Mons-en-Baroeul, la Pizza Maria. Je l’ai récupérée à l’âge de
23 ans pour faire un peu mes armes tout seul, mais j’ai très vite
eu envie de partir sur un plus gros projet. Dans les affaires,
le plus dur c’est de partir de rien, sans argent ni contact. Mais
dès que l’on a la force et l’envie, on peut y arriver.
Quelles activités as-tu développé depuis ?
À l’époque, je voulais m’installer autour du Stade Pierre Mauroy,
tout juste construit. J’ai ouvert le village du Panini en février
2013, puis la pizzeria a fermé en septembre 2014. J’avais fait le
tour. Début 2016, j’ai ouvert le Temple de manière éphémère pour un
Lille-Lyon, mais les gens ont tellement adhéré que nous l’avons
ouvert définitivement quelques mois plus tard, en mars. Depuis nous
avons aussi l’Atelier et le Bar Ephémère Lillois avec ma femme, que
nous gérons en évènement. Enfin, on peut nous retrouver sur le
marché de Noël de Lille depuis dix ans.
https://www.instagram.com/p/BtlvGSYFpiQ/?igshid=fcej55tv8rv8
Avant d’être le gérant de plusieurs établissements
autour du stade, tu es surtout un vrai passionné du LOSC. Comment
c’est arrivé ?
Mon père est un grand supporter du LOSC
depuis qu’il est petit. Il allait seul au stade Henri-Jooris quand
il était jeune, à vélo, et il demandait à des inconnus de lui
donner la main pour entrer dans le stade gratuitement. C’était une
autre époque, les enfants ne payaient pas leur place. Il m’a donc
naturellement transmis sa passion. Mon premier match remonte à la
saison 1989-1990, un Lille-Bordeaux. Mon père m’avait dit « Tu
verras quand Lille marque, tout le monde saute de joie et
s’embrasse… », j’avais hâte de voir ça. Hélas, le match s’est
terminé sur un 0-0 bien ennuyeux mais c’est ce jour là que ma
passion est née. Je la partage avec mon père encore aujourd’hui.
Nous avons une relation père-fils très forte qui tourne beaucoup
autour du foot.
Arrives-tu à voir les matchs des Dogues lorsque tu
travailles ?
Nous avons tous les deux un abonnement.
On arrive généralement vers la 20ème minute, quand le coup de feu
est passé, et on repart vers la 87ème. Mon équipe et ma femme
gèrent les commerces pendant le match. Même si on ne voit pas tout,
on a la chance de bosser et voir la rencontre le même soir, on ne
va pas se plaindre. Après, ç’a quand même été difficile à certains
moments. Par exemple, il y a deux ans, lors de Lille-Guingamp, nous
avons quitté le stade à 2-0 et une fois arrivé au Temple, le score
était de 2-2. La rage. Il y en a eu pas mal comme ça. Mais
aujourd’hui, avec mon père, quand on sort de la tribune Nord pour
retourner au Temple, on contourne le stade par la gauche. On a
remarqué que ça nous portait plus de chance. Si on le contourne par
la droite, on se prend un but. Les fins de matchs du LOSC dépendent
de nous (rires).
« Aujourd’hui, je ne me vois pas ailleurs qu’au stade. J’ai même déjà refusé plusieurs projets sur Lille »
Tu t’es aussi rapproché des DVE, le plus grand groupe de
supporters du LOSC… As-tu des liens particuliers avec eux
?
J’étais proche de l’ancien président Fred et de son
épouse, avec qui je suis encore en contact. Ce sont des personnes
très sympathiques. Fred est quelqu’un de respectueux et humble.
Depuis son départ, je n’ai plus trop de liens avec le groupe car
beaucoup de jeunes sont arrivés et j’ai moins d’affinités avec eux.
Je leur souhaite malgré tout de continuer à bien encourager notre
équipe. Il y a encore des DVE qui viennent au Temple mais moins
qu’avant. Ceci dit, ça n’enlève rien à l’ambiance festive devant le
bar avant ou après la rencontre.
Par le passé, as-tu rêvé de tenir la buvette des
supporters lillois devant le stade du LOSC ?
Ce
n’était pas un rêve, tout est venu par un concours de
circonstances. Ma vie est faite de concours de circonstances
d’ailleurs, rien n’est calculé à l’avance. On avait déjà remarqué
que les Lillois aimaient venir au Village du Panini car ils
voyaient que mon père et moi étions de vrais amoureux du LOSC.
L’ouverture du Temple était la suite logique car nous n’avions plus
assez de place pour recevoir et servir tous les supporters avant le
match. Aujourd’hui, je ne me vois pas ailleurs qu’au stade. J’ai
même déjà refusé plusieurs projets sur Lille pour rester sur le
parvis. Je n’ai pas envie de m’enflammer pour tout perdre
derrière.
Il n’y a pas seulement les matchs du LOSC mais aussi les
concerts et d’autres rencontres sportives. C’est autre chose, une
clientèle différente ?
A l’Atelier ou au Panini la
carte est plus réduite car sur un concert, 100% des gens viennent
manger contrairement au mode football où beaucoup mangent chez eux.
Du coup on réduit la carte afin de servir encore plus vite les
clients. Aussi, quand on ouvre pour le LOSC, certains de nos
produits sont un peu moins chers car les supporters lillois
viennent au moins 19 fois voir plus au Stade sur la saison, c’est
normal dans leur faire des prix plus attractifs.
Tu préfères servir un soir de Lille-Marseille ou de
concert de Justin Bieber à Pierre Mauroy ?
Lille-Marseille évidemment, et de loin ! De toute façon pendant les
concerts je suis rarement au Temple, contrairement aux matchs de
foot. Et d’ailleurs, cette année je préférais encore Lille-Paris
car il y avait trop de pseudos-Marseillais sur le parvis, c’était
bizarre.
En 2017, tu crées une bière, « La 96ème », en
hommage au but à la 96ème minute de Manu Bourgaud lors de la
dernière journée de Ligue 2, qui permet aux Amiénois de monter à la
place de Lens. Comment t’est venue l’idée ?
On a eu ce
délire sur ma page Facebook, rien n’était calculé. Dans la foulée,
ça commence à buzzer mais tout doucement, du coup on décide de
faire cent bouteilles à la vente. On fait des précommandes lors
d’un match amical, on en vend quatre-vingts. On se dit tranquille,
il en restera vingt à vendre au prochain match. Et là dans la
semaine, gros buzz sur la bouteille, des pages commencent à en
parler sur internet. Puis ça devient incontrôlable, en faisant mes
courses, j’entends qu’on en parle à la radio dans le supermarché.
J’ai des demandes d’interview qui arrivent de partout, je refuse
tout. Et au moment où ça commence à se calmer, le RC Lens parle de
ma bouteille sur Twitter. Il montre carrément la bouteille avec un
slogan « à consommer avec modération ». Derrière, le
LOSC reprend et écrit « à consommer sans
modération », et ça repart de plus belle.
La meilleure sollicitation restera celle de Manu Bourgaud lui même, le joueur d’Amiens. Il était super fier et en voulait pour sa famille. Mais je ne pouvais pas lui en livrer beaucoup tellement j’avais de demandes. Pour me remercier, il m’a invité chez lui. Je me souviens même qu’après son premier match du championnat contre le PSG, Manu Bourgaud est appelé en zone mixte. On lui demande s’il a réellement acheté des bouteilles de 96ème… Pour moi c’était le graal ! Nous avons ensuite déposé le nom afin que ça ne soit pas détourné par méchanceté car nous voulions que ça reste dans la vanne. D’ailleurs, on a arrêté d’en vendre pour ne pas être trop lourds.
Des supporters du #LOSC se moquent du RC Lens avec la “96ème”, une bière en hommage à l'Amiens SC https://t.co/l1BEuVW5Gc pic.twitter.com/mKUulue3Tq
— France 3 Picardie (@F3Picardie) August 3, 2017
Le chambrage et les réseaux sociaux te réussissent
plutôt bien finalement ?
Oui, la page Facebook du
Village du Panini plaisait déjà bien à l’époque. Ensuite avec
l’ouverture du Temple, je me suis concentré beaucoup plus sur
celle-ci qui regroupe pas mal de supporters lillois. Et ça fait
seulement un an et demi que je suis sur Twitter, on est assez
suivis pour un bar. En ce moment j’y vais souvent car on y retrouve
beaucoup plus de gens proches du LOSC comme Anne-Sophie Roquette ou
des gens qui travaillent à la communication du club. Le ton est
différent de Facebook, il faut juste s’adapter. Sur Instagram, je
publie des contenus plus personnels comme des vidéos de mon fils
qui joue au foot.
De base, je suis plutôt chambreur. Avec mes potes, tu avais intérêt à l’être pour répondre à leurs vannes sinon tu étais mort. C’était un bon entraînement en fait. En plus de cela, les Lensois ne sont pas les plus durs à vanner. Ils me facilitent souvent le travail eux-même. Je pense même qu’ils me font même des cadeaux parfois, je les en remercie. Mais plus sérieusement, je crois que tout le monde a compris que c’est de l’humour. Il y a quelques années, on a pris cher aussi.
« Une fois, Fernando D’Amico est passé derrière le bar »
Hormis Manu Bourgaud, as-tu rencontré d’autres personnes
connues grâce au Temple ?
Oui, Grégory Wimbée à
l’époque du Village du Panini, ainsi que Sylvain N’Diaye. Greg
avait ouvert un Five à Lesquin en même temps que j’ouvrais le
Village du Panini, donc on a sorti un panini « Le Five ». Il
bossait avec Franck Béria sur ce projet mais celui-ci n’est jamais
venu au bar, je ne l’ai rencontré qu’à leur complexe. Depuis le
Temple, Fernando D’Amico est venu plusieurs reprises. Une fois, il
est carrément passé derrière le bar pour motiver les troupes avant
un match important pour le maintien, c’était incroyable. La saison
dernière aussi, le dernier match, nous sommes prêts à fermer et là,
Fernando arrive avec sa femme. Il tape la bise à tout le monde et
ça part en chansons jusque très tard. C’était magique.
https://www.instagram.com/p/BwQ_aB4F2u1/?igshid=1cpk8a0d161n8
Il y a aussi eu des moments plus difficiles comme le
Lille-Amiens vécu à huis clos après l’envahissement de terrain en
2018. Comment vit-on ça en tant que commerçant dépendant de
l’affluence au stade ?
Ç’a été très compliqué à gérer
pour nous. Surtout qu’après ça il n’y a eu qu’un match à domicile
en cinq semaines. On a eu un gros manque à gagner alors qu’on
venait d’investir nos économies dans une maison.
Pour nous, c’est tombé au pire des moments, mais on a l’habitude de
ne jamais rien lâcher. Du coup, nous avons quand même diffusé le
match avec une tombola, des bières et des croque-monsieurs. Nous
étions environ 200 devant le Temple. Le gros lot de la tombola
était le maillot porté de Tavlaridis. J’avais réussi à négocier des
fûts gratuits pour pallier le manque à gagner. Coca m’avait aussi
aidé tout comme mon fournisseur Pomona. Les négociations furent
difficiles mais je ne suis pas trop mauvais dans ce domaine
heureusement. L’ambiance était plutôt bonne même si Amiens marque
sur sa seule occasion.
Rebelote en ce moment avec la crise sanitaire et le
COVID-19…
Dans le commerce comme dans la vie, il faut
apprendre de ce genre d’épreuves. Avec le marché de Noël comme au
stade, on a du faire face aux attentats terroristes, aux gilets
jaunes, aux grèves… Du coup, ma femme qui gère les comptes a en
quelque sorte créé notre propre fond de secours pour ne pas être
trop en stress dans ces moments. Par contre, contrairement à ce
qu’annonce la région, nous n’avons droit à aucune aide car notre
entreprise est bien gérée. Nous vivons donc actuellement sur notre
propre fond de secours sans attendre l’aide de qui que ce soit. Il
ne faut compter que sur soi-même pour s’en sortir.
Pour finir, quel est ton rêve le plus fou en tant que
gérant du Temple ?
Le plus fou, et de loin, serait que
mon fils joue pour le LOSC au Grand Stade et qu’après les matchs il
passe au Temple pour venir y servir des bières avec mon père et
moi. À part ça, je n’ai pas vraiment de rêves. Je suis quelqu’un de
terre à terre qui sait que la vie n’est pas simple, surtout quand
on vient d’en bas.






