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Entretien exclusif avec Sebastien Pennacchio : « L’histoire avec le LOSC se termine. Je pars en paix avec moi-même »

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Crédit Photo : Le Petit Lillois / Victor Orgaer

Rattaché au LOSC depuis ses 13 ans, âge auquel il a été repéré par Jean-Michel Vandamme, Sebastien Pennacchio a coupé le cordon. Coach des U19 depuis deux saisons, il quitte désormais la formation lilloise pour vivre un nouveau défi, une nouvelle vie. Avant de nous dire au revoir, et pour vous dire au revoir, le technicien s’est confié dans un entretien exclusif accordé au média Le Petit Lillois.

Dans l’enceinte du Domaine de Luchin, au plus près du Dogue qui aura veillé sur lui pendant tant d’années, Sebastien Pennacchio nous a ouvert son cœur, celui d’un passionné, celui d’un amoureux du LOSC. « Enfant de Grimonprez » formé à Lille, où il a mis fin à sa carrière de footballeur professionnel en 2017, il a passé ses trois dernières années à donner de son temps et de son énergie pour faire évoluer les Dogues. D’abord dans la peau d’un adjoint, celui de Stéphane Pichot en réserve puis de Jocelyn Gourvennec avec l’équipe professionnelle, cela faisait deux ans qu’il était à la tête de la catégorie U19, celle qu’il a amenée jusqu’en quarts de finale du championnat cette saison.

Ce vendredi, il vivait ses dernières heures aux côtés de son groupe, de son staff, ses dernières heures dans la peau du coach avant de quitter le Domaine de Luchin et de tourner une page de sa propre histoire : « C’est spécial, mais c’est ma vie. Il a toujours fallu que je bouge un petit peu parce que je pense que tu continues de grandir au contact des gens et que tu reviens toujours plus fort quand tu bouges. L’histoire va se terminer avec Lille, mais je trouve que c’est une belle histoire. C’était le moment de partir, le bon moment pour continuer de grandir, nous confie-t-il. J’ai envie de continuer de progresser, de voir autre chose, d’être aux côtés de personnes différentes et d’apprendre différemment, mais toujours à travers les autres. »

« MERCI »

Une pointe d’émotions, mais toujours le sourire aux lèvres, Sebastien Pennacchio est animé par le sentiment du travail bien fait. C’est ce qui lui permet désormais de se projeter : « J’ai la sensation, avec mes collègues, mes dirigeants, que l’on a bien bossé. On reparle de la formation lilloise et j’étais revenu pour ça. C’était mon but avec Jean-Michel (Vandamme) et Olivier Létang, redonner un nouvel élan, et j’ai l’impression que l’on a réussi. C’est important de partir dans ces moments-là, parce qu’on n’a pas toujours cette opportunité de s’en aller quand tout se passe bien. Je me dis que c’est une bonne manière de transmettre le flambeau », poursuit le technicien, prêt à confier la jeunesse lilloise à d’autres mains. Celles-ci auront pour mission de faire au moins aussi bien.

Grand blagueur et très proche de son groupe, doué pour manier la langue de Molière lorsqu’il était nécessaire de motiver les troupes, Sebastien Pennacchio doit tout de même se creuser les méninges avant de trouver les bons mots : « Un grand MERCI. Je veux remercier tout le monde pour sa gentillesse. J’ai croisé énormément de personnes sur ma route et il y a toujours eu de la bienveillance entre nous. J’ai juste envie de remercier tout le monde pour leur soutien et pour tout ce qu’ils ont pu m’exprimer. Je pars l’esprit tranquille et c’est important. Il y a cinq ans, ce n’était pas le cas. Aujourd’hui, je pars en paix avec moi-même et je souhaite à tout le monde de continuer sur cette voix, conclut-il, ou presque. Je suis fier de l’image que je peux laisser ici. Je dois beaucoup de choses à Jean-Michel. Il m’a fait revenir au club et m’a donné beaucoup de confiance. Il m’a fait grandir. »

Sebastien Pennacchio grandissait encore aux côtés de ses jeunes pousses, désormais prêt à prendre son envol vers de nouveaux horizons, à croître au sein d’un nouvel environnement. C’est ainsi, « l’esprit tranquille », qu’il tourne une page de son histoire pour vivre une nouvelle aventure. La Lilloise, il en gardera éternellement des souvenirs. Toujours à notre micro, au cœur du Domaine de Luchin, le technicien est revenu sur ses expériences passées, dressant également le bilan de la saison récemment écoulée.

Sebastien Pennacchio, de Renato Sanches à la jeunesse lilloise

Tu as vécu plusieurs expériences à Lille. Aujourd’hui, cela fait deux ans que tu es à la tête des U19 du LOSC. Qu’est-ce qui change entre le poste d’adjoint à un niveau supérieur et celui de n°1 dans cette catégorie ?

Cela a été trois années complètement différentes, mais trois années très intenses. Ça a été à chaque fois des expériences qui m’ont permis de grandir. J’étais adjoint de Stéph (Pichot) avec lequel on a fait la Youth League la première année. Au bout de quelques mois, je suis parti chez les pros faire de l’individualisation. J’ai découvert un vestiaire incroyable avec des joueurs comme Renato Sanches, Burak Yilmaz, Benjamin André…

Qu’as-tu appris de ces différentes expériences ?

Plein de choses… J’ai appris comment aborder des joueurs avec une grande expérience quand toi, tu n’en as pas forcément eu une en tant que joueur. J’ai vu leur façon d’aborder les événements, de vivre les entraînements. Cela a été une année très enrichissante. Après la formation, c’est un autre métier. C’est accompagner des jeunes joueurs dans un triple projet. La compétition est importante, mais ce qui est le plus important, c’est leur développement. C’est leur marge de progression. C’est de voir jusqu’où on peut les amener, les accompagner du début jusqu’à la fin, là où chez les pros le résultat a une importance énorme.

Comment te décrirais-tu en tant que coach ?

Je pense que je suis un éducateur qui aime bien être proche des joueurs. J’aime bien donner du sens au fait que le foot soit un sport collectif et que plus on vit d’émotions ensemble, plus elles sont fortes. Je veux redonner du sens au sport collectif. Cela se traduit par le jeu, par la vie dans le vestiaire, par notre attitude au quotidien, par plein de choses. Notre façon d’être aussi.

Plus qu’un coach, on vous appelle plus communément des « éducateurs », quelle est la différence ?

J’aime bien employer le mot éducateur parce que je leur dis toujours que l’idée, c’est que ça devienne des hommes avant des joueurs de football. Ça, il ne faut pas l’oublier. On est là pour les accompagner, pour les faire grandir en tant que personne et en tant que joueur. C’est un métier passionnant parce que je pense que, malgré tout, on laisse une empreinte sur ces jeunes parce qu’on les voit au quotidien. J’aime bien dire que je vois autant mes joueurs que mes propres enfants (rires). Je passe beaucoup de temps avec mes joueurs et c’est ce qui fait la beauté du métier.

Les joueurs se rendent-ils compte de tout ça ?

Non, on leur rabâche. On leur parle beaucoup de la scolarité, de leur avenir, mais ils s’en rendront compte plus tard. J’espère qu’ils diront que je les ai bien embêtés sur ce truc-là et que j’avais raison de le faire. Aujourd’hui, je croise encore certains jeunes qui n’avaient pas été conservés et ils me disent qu’ils se souvenaient de certains discours et que cela leur servait dans la vie. C’est le top.

Pour revenir sur la saison écoulée, quels ont été tes mots en clôture de celle-ci, à l’issue de laquelle vous finissez par vous incliner (face à l’OM en quarts de finale du championnat) malgré une année pleine ?

Je pense que nous avons performé et que ce résultat n’était pas un échec, c’est juste que la saison se termine comme cela. Les joueurs ont performé et je termine en leur disant que je suis fier d’eux parce qu’ils n’ont jamais triché, qu’ils se sont impliqués à 100% et que dans la vie, si tu as ce comportement-là, que ça soit ici ou ailleurs, ça paye toujours à un moment donné.

Et toi, personnellement, qu’as-tu pensé de cette saison ?

Je suis content d’avoir vu des gamins évoluer au niveau supérieur. Je suis content de voir des joueurs du centre de formation jouer en équipe première. On a vécu une saison qui était super sympa à vivre sur le plan émotionnel.

As-tu l’impression d’avoir progressé toi-même d’une année à l’autre ?

Oui, mais ce sont les joueurs qui te font progresser. Ce sont les collègues, la direction, c’est Lille tout simplement. Lille est un club magnifique pour grandir.

Durant ces deux années, comment as-tu fait pour manœuvrer avec les nombreux mouvements que l’on peut constater dans un effectif à ce niveau ?

Il faut toujours avoir un objectif commun et que dans celui-ci, tout le monde trouve son objectif individuel. On a un objectif commun, c’est de gagner le match, et à l’intérieur de ça, tu dois trouver un objectif individuel pour chaque joueur pour faire en sorte qu’il performe.

Ça passe par des discussions individuelles pour essayer de lui rappeler pourquoi il est là. Et avant les matchs, il faut faire en sorte de trouver la bonne motivation pour pouvoir faire en sorte qu’il soit performant à un instant donné.

Dans un vestiaire de jeunes comme celui-ci, cela t’est-il déjà arrivé de devoir gérer les égos. Une sorte de jalousie qui pourrait être naturelle à cet âge ?

J’essaie toujours d’être le plus juste possible, de donner de l’importance à chaque joueur. À partir de ce moment-là, en fait, les joueurs ont de l’égo, mais ils savent que je vais me comporter de la même façon avec le meilleur joueur, celui qui a peut-être le plus de potentiel à nos yeux, et celui qui aura peut-être moins de temps de jeu. C’est important d’avoir un cadre, des règles et de les appliquer à tout le monde.

Et à partir du moment où il n’y a pas le sentiment d’injustice à l’intérieur du groupe, ça se passe plutôt bien.

En parallèle de ta saison, il y a celle des U17. Une belle histoire que de voir Rachid Chihab performer comme cela, lui qui était ton coach dans ton cursus de formation ?

C’est vraiment incroyable. J’avais dit à Rachid avant qu’on se qualifie, que je n’avais qu’un seul souhait, c’est qu’on se qualifie tous les 2 pour les phases finales. Je trouvais l’histoire trop belle. Rachid a été mon formateur, je l’ai eu 3 ans et me retrouver à faire les phases finales à Marseille, je trouve ça magnifique. La semaine dernière, je me suis levé comme un supporter sur le 3e but (face à Monaco, 3-2). C’était fou.

Supporters, j’ai l’impression que tes joueurs l’étaient aussi. On a vu cette démonstration de joie à Marseille lorsque les U17 marquent le but de la victoire en fin de match. Comment expliques-tu cette énergie commune ?

On venait de descendre du bus et on s’est fait happer. Cela a d’ailleurs été un moment un peu spécial parce qu’il a fallu redescendre derrière ça. On avait pris un coup d’adrénaline énorme et ça montre juste que dans la formation, il y a un véritable esprit de groupe et de famille.

Quelle relation entretiens-tu avec les autres formateurs ?

On a tous des caractères différents, mais on est tous rattachés par l’amour qu’on a pour le club et par les valeurs qu’on nous a inculquées.

Comment est-ce que vous travaillez ensemble au quotidien ?

Déjà l’idée, c’est d’avoir un projet de jeu commun sur lequel on avait travaillé il y a trois ans. Cela facilite le fait que les joueurs passent des U17 aux U19 ou des U19 à l’équipe réserve. De même jusqu’aux professionnels, parce qu’on s’est également inspiré de l’équipe première dans le jeu. Cela facilite grandement le quotidien parce qu’on a les mêmes principes de jeu, les mêmes façons de travailler. On a une même ligne directrice ce qui nous fait gagner du temps.

Je suppose que vous discutez également de tout ça avec le coach de l’équipe première ?

Quand je te dis que c’est une continuité jusqu’au bout de la chaîne, c’est qu’on a eu 2 meetings avec le coach Paulo Fonseca (aujourd’hui parti). On a passé plusieurs heures ensemble et il nous a expliqué sa façon de voir les choses. Forcément, c’est inspirant.

Quand il a parlé en bien de votre travail en conférence de presse, cela vous a-t-il affectés ?

On a trouvé ça super valorisant et l’entendre nous a donné encore plus envie de donner le maximum, même si on le donne déjà au quotidien. C’était comme un coup de boost.

Les jeunes aussi entendent ce genre de discours ?

Les jeunes ont juste à regarder de toute façon, à regarder Leny (Yoro), Ayyoub (Bouaddi) et Lucas (Chevalier) jouer. Ce sont des messages positifs. Aujourd’hui, Lille est redevenu un club formateur. J’aime dire que je suis un enfant de Grimonprez, donc oui, évidemment que cela me tient à cœur. La formation a toujours fait partie de l’ADN de ce club et je remercie la direction et Olivier Létang pour l’avoir remise au centre du projet.

À quel moment est-ce que vous décidez qu’un joueur est prêt pour rester dans la durée dans le groupe professionnel ?

Jean Michel Vandamme, c’est quelqu’un qui a une expérience folle et qui a cette capacité à détecter rapidement chez un jeune joueur s’il a les qualités pour atteindre le haut niveau. À côté de ça, ce sont aussi les joueurs eux-mêmes qui te donnent les réponses. Ayyoub ou Leny, quand tu les vois en séance, tu le sais. Ce sont eux qui te donnent les réponses. Ils te forcent finalement à faire ce choix-là.

Il y a le coach de l’équipe première aussi. Il a son œil d’expert. Et il voit la performance, il voit la marge de progression et il se dit que s’il travaille avec lui, peut-être que dans un certain temps, ce sera un produit fini qui peut être très sympa.

Dans tes discours, cela t’arrive-t-il de les utiliser en exemple pour motiver tes jeunes ?

Bien sûr. Aujourd’hui, les garçons qui jouent chez les professionnels, on peut se rendre compte que ce sont aussi, humainement, ceux qui ont énormément de valeur de travail, de respect, qui ont assuré scolairement… Donc pour nous, c’est du pain béni. Ils servent d’exemples, surtout que c’est important pour les jeunes de pouvoir se projeter en ayant des sources d’inspiration.

Enfin, si tu devais revenir sur tes deux années à la tête des U19 du LOSC, quelle serait ta plus grande fierté ?

Ma plus grande fierté, c’est d’avoir conservé un groupe d’entraînement complet avec les U19. De voir que même les garçons qui jouaient moins étaient concernés jusqu’au bout, jusqu’au dernier jour. Ça, c’est une fierté qu’on peut avoir à la formation parce qu’on essaye de ne jamais laisser quelqu’un de côté. On essaie toujours de réorienter ceux que l’on ne conserve pas et puis, certains brilleront ailleurs. Ce serait quand même malheureux si on ne formait que des joueurs pour le LOSC. On ne peut pas avoir que des joueurs capables de disputer le Top 5 et on est très heureux pour ceux qui réussissent ailleurs.

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